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Paumes ouvertes ou poings serrés

05 juil. 2010, 05:58

Le festival Poésie en arrosoir a l'originale habitude de proposer des performances mixtes qui, ayant la poésie comme dénominateur commun, combinent la parole à la musique, au chant, au théâtre, à l'art paysager… Même Richard Bohringer, venu simplement réciter des poèmes intimes, a doté sa lecture d'une élocution travaillée, d'une gestuelle expressive et de dérives comiques. Avec «Traîne pas trop sous la pluie…», l'auteur-acteur-chanteur franco-sénégalais ouvrait le festival, vendredi dernier à la Grange aux concerts d'Evologia, à Cernier.

Et quelle ouverture appropriée, pour une manifestation qui fait coïncider littérature et jardinage! «J'ai appris», dit Richard Bohringer, «à écrire sous une tonnelle de roses blanches débouchant sur un potager fleuri où les vers acides des poireaux se mêlaient aux rouges anémiés des carottes trébuchantes.» Son jardin poétique est intime, coloré d'adjectifs et parsemé de motifs exotiques. A presque 70 ans, l'auteur se tourne vers ses souvenirs à demi fantasmés et vers l'Afrique subsaharienne qu'habitent ses désirs. Ce double exil, dans l'espace et dans le temps, est un moteur de sa poésie en prose.

Richard Bohringer aime les mots plutôt que les règles. Nombriliste et nostalgique, il perçoit la création poétique comme un art inspiré et comme un voyage de l'imagination. Cette poésie de l'évasion, qui révèle une approche plutôt conventionnelle du genre, se double d'une poésie de l'affrontement, qui raconte des amours noires dans les misères d'Harlem ou un ballet d'uppercuts dans un combat de boxe. L'auteur lui-même se bat, depuis plusieurs années, contre la maladie. L'écriture lui procure des ivresses bienfaitrices. Paumes ouvertes ou poings serrés, il adopte souvent une attitude déclamatoire. Sa voix devient rauque quand ses pages s'assombrissent.

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