«Lorsqu'une partie a débuté, je ne pense plus à la pression»

Avec Kévin Méng, 13 ans et demi, et Claude Tharin, 60 ans, le club de scrabble La Croisée - Val-de-Ruz vient de récolter, à Vouvry, deux titres de champions nationaux. Rencontre avec ses deux as du jeu de lettres.

17 avr. 2008, 12:00

Claude Tharin, vous et Kévin Méng, côtoyez depuis quelque temps les sommets du scrabble helvétique. D'où vous est venue cette passion pour le jeu de lettres?

Pour moi, tout a commencé en Afrique. Un ami qui travaillait comme coopérant s'était fabriqué un jeu de scrabble avec du carton et des carrés de chocolat. Un soir, il nous a invités moi et mon épouse à jouer une partie. C'était en 1972, je crois. Depuis je n'ai plus arrêté.

Et toi Kévin?

Je jouais un peu à la maison en famille. Mais c'est à 11 ans que j'ai vraiment débuté. Ce que j'aime, c'est que c'est un jeu infini. Ne jamais avoir les mêmes parties. Apprendre de nouveaux mots de vocabulaire.

Claude Tharin, vous avez enseigné pendant 25 ans aux Bayards loin de Marin-Epagnier où habite Kevin. Comment vous êtes-vous rencontrés?

Il y a quelques années je suis venu travailler du côté de Marin-Epagnier. Avec la collaboration de collègues, nous avons fait participer les élèves au concours des écoles. Trois élèves avaient obtenu 34 points dans une classe, et un 33 dans une autre. J'ai hésité, mais j'ai aussi sélectionné ce jeune-là. C'était Kévin. Un peu plus tard, je l'accompagnais aux championnats du monde 2006 à Tours.

Deux ans après, Kévin, tu vas participer au mois de juillet à tes troisièmes championnats du monde à Dakar, au Sénégal. Des espoirs de podium reposent sur tes épaules. Est-ce que tu ressens une certaine pression?

Oui, bien sûr. Mais je me réjouis surtout. Lorsqu'une partie a débuté je ne pense plus à cette pression. Je me concentre sur le jeu. Je ne vais pas perdre une partie simplement parce que c'est celle qui pourrait me permettre de devenir champion du monde.

Lorsque l'on observe une grille de scrabble où apparaît un mot comme ngultrum (monnaie du Bhoutan), il est légitime de se demander si les scrabbleurs passent leurs soirées à dévorer le dictionnaire. Est-ce le cas?

K. M. : Le vocabulaire est important mais ce n'est pas tout. On ne peut pas tout connaître. On apprend avec la pratique. La technique est essentielle. Il faut aussi apprendre comment disposer les lettres sur le plateau. L'objectif n'est pas de faire les plus beaux mots possibles, mais de récolter un maximum de points. Les maths sont très importantes. Il faut calculer quelle solution sera la meilleure. Et ça le plus vite possible.

Claude Tharin, grâce notamment à vos bons résultats et ceux de Kévin, le club de scrabble La Croisée - Val-de-Ruz pourrait atteindre la ligue nationale A au terme de la saison. Quel est votre secret?

Je ne pense pas qu'il faille parler de secret. La présence de joueurs comme Kévin, mais aussi d'autres, a créé une certaine forme d'émulation. Une saine concurrence entre les joueurs qui existe tant au sein du club que durant les compétitions. Le titre de Kévin, obtenu le samedi à Vouvry, m'a, par exemple, poussé à me dépasser le dimanche. / YHU