Une revanche sur le destin

Sollicité par le premier ministre Erdogan, l'ex-directeur du DEN a pris les rênes d'une agence destinée à promouvoir les investissements directs en Turquie Fatigué par les critiques dont la promotion économique avait fait l'objet, il avait préféré jeter l'éponge au printemps 2006: l'ex-directeur du Développement économique neuchâtelois (DEN), Alpaslan Korkmaz, prend aujourd'hui une belle revanche sur le destin. Depuis quelques semaines, il met sur pied, entre Ankara et Istanbul, la toute nouvelle Agence turque de promotion et de soutien aux investissements. Avec un budget de 25 millions de francs suisses, le Neuchâtelois, qui possède la double nationalité suisse et turque, dirigera une équipe d'une trentaine de personnes.
02 août 2015, 00:30

«J'ai été appelé à ce poste par le premier ministre durant l'été et j'ai pris officiellement mes fonctions à mi-octobre, raconte Alpaslan Korkmaz. Le but de cette agence est de favoriser les investissements directs en Turquie et de promouvoir la place économique turque dans le monde».

«Le premier ministre m'a proposé de jouer un rôle quasi historique»

En gros, le travail effectué à Neuchâtel... «En effet, je mets à profit mon expérience, mais à une tout autre échelle», rigole cet économiste de 36 ans, qui va d'une rencontre avec la chancelière allemande à un rendez-vous avec le premier ministre italien, tout en conseillant le chef du gouvernement turc Recep Tayyip Erdogan. Et qui rappelle quelques chiffres: «La Turquie compte 73 millions d'habitants, les investissements étrangers ont atteint près de 20 milliards de dollars en 2006. Il s'est créé la même année 1,3 million de nouveaux jobs!»

L'idée de base reste cependant la même que lors de ses trois ans passés au DEN: «Aider les investisseurs étrangers à surmonter les différents obstacles de l'administration». Leur dérouler le tapis rouge, donc, pour qu'ils comprennent que la Turquie, pont entre l'Europe et le Moyen-Orient, est l'un des pays les plus dynamiques du monde, surtout depuis que les réformes économiques, lancées par le gouvernement formé en 2002, portent leurs fruits: depuis quatre ans, la croissance du pays affiche 8% par an, alors qu'elle n'était que de 2,5% la décennie précédente.

Mais n'est-ce pas avec un pincement au coeur que cet enfant de Moutier a quitté la Suisse, emmenant avec lui sa petite famille, d'autant qu'il avait été courtisé par le groupe américain Kyphon, qu'il avait lui-même attiré à Neuchâtel? «Le choix a été difficile, c'est vrai. Kyphon est une société extraordinaire. Mais ce que m'a proposé premier ministre turc, c'est de jouer un rôle quasi historique dans le développement du pays. C'est un défi que je ne pouvais pas refuser. Et c'est aussi une manière de retourner à mes origines.»

Un doctorat à terminer

Et c'est, là encore, une jolie revanche sur le passé: c'est en effet pour quitter la misère économique qui régnait en Turquie que ses parents avaient rejoint la Suisse. Aujourd'hui, c'est pour contribuer à l'essor économique de son pays qu'Alpaslan Korkmaz y retourne. Sans oublier totalement ses années neuchâteloises: il revient régulièrement au chef-lieu pour donner quelques heures d'enseignement à l'Université de Neuchâtel. Où il est en train de mettre la dernière main à sa thèse de doctorat. Le sujet? La négociation internationale, évidemment. / FRK