Un appareil qui a bon dos

Un ostéopathe chaux-de-fonnier a mis au point un détecteur de mauvaises postures. Fruit d'une collaboration avec la Haute Ecole Arc en ingénierie, cette invention demande encore à être commercialisée Al'ère des abréviations, DDPP pourrait évoquer une marque de vêtements branchés, le nom d'un groupe de hip-hop ou un nouveau projet étatique concocté par le Château... Tout faux: le DDPP est un Détecteur de posture programmable. Un nom très long pour un appareil très petit, conçu par un médecin ostéopathe chaux-de-fonnier, Christophe van Dongen, en collaboration avec la Haute Ecole Arc en ingénierie.
01 août 2015, 23:12

Le boîtier, qui contient deux accéléromètres, émet une vibration lorsque son porteur se tient mal. Et que son dos est soumis à un trop rude effort. Pas encore commercialisé, le détecteur de posture intéresse malgré tout des organismes de promotion économique neuchâtelois: la fondation Finergence a déjà accordé une petite aide, et le projet est suivi localement par le réseau d'appui Genilem, destiné aux entreprises innovantes.

«C'est un projet qui a démarré en 1997 déjà par le constat que nombre de mes patients, après avoir écouté mes conseils en consultation, oubliaient totalement de les mettre en pratique, parfois à peine après avoir franchi ma porte, se souvient Christophe van Dongen. C'est frustrant, surtout lorsque je les revois dans mon cabinet un mois plus tard pour les mêmes douleurs!»

D'où l'idée de leur brancher, à même le corps, un appareil qui les remettrait à l'ordre. Mieux qu'un parent harcelant sans cesse son ado par des «tiens-toi droit!» continuels ou de grandes tapes dans le dos.

Quatre travaux de diplôme

Le DDPP a mis à contribution, successivement, quatre étudiants de la HE-Arc, qui lui ont consacré un travail de diplôme. Un cinquième va démarrer, sur le site de Saint-Imier, pour intégrer la pile à l'appareil. Et l'idée est de mettre également un étudiant en design sur le concept du boîtier, afin qu'il soit plus ergonomique et fabriqué dans un matériau doux à la peau. «Au départ, le premier appareil était quatre fois plus gros», se souvient le médecin. Qui a désormais en mains un objet tout à fait fonctionnel, testé sur 25 patients durant une semaine. «80% d'entre eux avaient déjà pris de meilleures habitudes à la fin du test», note l'ostéopathe. Qui pense qu'une durée d'un mois serait optimale pour que de nouvelles habitudes soient prises.

Destiné au grand public

Comment ça marche? Tout simple: les deux accéléromètres enregistrent les mouvements du haut du corps, en avant et en arrière, vers la gauche ou vers la droite. Lorsque l'inclinaison dépasse une certaine tolérance, programmée auparavant et propre à chaque patient, le boîtier émet une vibration. Qui incite alors le patient à reprendre une position bien droite. Une interface informatique permet ensuite de faire des statistiques qui indiquent combien de fois le porteur de l'appareil a été remis à l'ordre, quel était l'angle de son dos, et de constater s'il y a une amélioration progressive de la posture.

«C'est un appareil qui est destiné au grand public, relève Christophe van Dongen. Il est facile à utiliser et invisible sous un vêtement. C'est essentiel pour que les gens acceptent de le porter.» En disant tout de même adieu aux décolletés vertigineux... / FRK

Médecin, pas businessman

Le docteur ne se sent pas l'âme d'un entrepreneur: jusqu'ici, Christophe van Dongen a investi personnellement dans son invention, aidé par Finergence pour prolonger le brevet déposé l'an passé. Mais il aimerait trouver un vrai manager, qui lancerait des démarches en vue d'une commercialisation, ferait évoluer le produit, pourquoi pas en imaginant d'autres applications: «Dans le sport, par exemple, là où une bonne position du corps est indispensable, comme l'haltérophilie.» Et dans le cas où une société verrait le jour, Finergence pourrait prêter les capitaux nécessaires au démarrage. Car le mal de dos est un tel fléau qu'il est difficile d'imaginer qu'un appareil destiné à le traiter, voire à le prévenir, ne connaisse pas de succès commercial. «Avec les compétences qui sont réunies dans la région, tous les composants peuvent être produits localement.»

Et, en même, temps, faire travailler les méninges des futurs ingénieurs. Comme Gaël Aubry, ingénieur à la HE-Arc, qui a contribué à mettre au point le prototype actuel. Et qui va peut-être délivrer des centaines d'ados un brin avachis du sempiternel «Tiens-toi droit!» / frk