Quand cet enfant ivoirien au milieu d'un tas d'ordures défie notre nombrilisme

03 févr. 2010, 10:47

La Côte d'Ivoire... De temps à autre, mes pensées s'envolent avec nostalgie vers ce pays qui m'est cher, vers tous ces êtres humains que j'ai côtoyés ou simplement remarqués du coin de l'½il. Je revois ce vieil homme ridé et brûlé par le soleil, taillant des branches de palmier dans son village isolé au bord de la mer; cette ribambelle d'enfants émerveillés, courant partout et rigolant avec leurs nouveaux grands copains blancs; ces solides gaillards entonnant l'hymne national de leur pays avec une émouvante ferveur sur un terrain de foot jonché de détritus, impraticable pour des Occidentaux habitués au luxe et au confort; ces femmes portant sur leur tête, en pleine brousse, un amas de noix de coco qu'elles vendront à un prix dérisoire.

Je n'oublierai pas non plus ce gamin, debout, immobile et nu sur un tas d'ordures gigantesque; ou ce policier méfiant à la mine sévère nous demandant nos papiers d'identité et un petit «cadeau» pour notre passage; ou ces chrétiens chantant et dansant avec une conviction communicative au rythme d'un simple djembé dans une petite église de campagne. Reverrai-je un jour ce gars de mon âge, prometteur as du ballon rêvant de jouer en Europe? Ou cette jeune fille élégante de la ville, qui voit la Suisse comme un pays de rêve? Ou cet apprenti journaliste enthousiaste? Une seule certitude: un voyage en Afrique ne s'oublie pas, pas plus que les visages, les joies et les souffrances de ces gens qui, pas si loin de chez nous, vivent dans un monde dont nous aurions beaucoup à apprendre.