Point de vue de Sera Pantillon: «L’écologie, une affaire individuelle?»

Les jeunes qui ont manifesté pour la protection du climat font l’objet de critiques. «C’est un peu comme si on reprochait à une personne travaillant dans la prévention contre l’addiction de boire une bière», écrit Sera Pantillon, présidente des Jeunes Verts neuchâtelois. Comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.

21 févr. 2019, 12:00
Comme dans d'autres villes de Suisse, une manifestation pour le climat a eu lieu à Neuchâtel le 2 février.

Les récentes manifestations pour le climat dans le monde entier ont propulsé ces thématiques sur le devant de la scène politique. Conséquemment, on constate un foisonnement d’objets à ce sujet dans les parlements.

Les manifestants et grévistes le font savoir haut et fort: les gouvernements doivent prendre des mesures contraignantes et efficaces afin de limiter notre bilan carbone. De plus, ces manifestations démontrent également l’engagement des jeunes.

Bien que populaires et largement soutenues, ces manifestations attirent également leur lot de critique qui vise surtout les jeunes. Alors que les manifestants clament l’urgence de réduire nos émissions carbone, on leur reproche de ne pas suffisamment vivre en accord avec leurs principes. C’est un peu comme si on reprochait à une personne travaillant dans la prévention contre l’addiction de boire une bière.

Outre l’hypocrisie criante de ces critiques, on a tendance à oublier que des changements de ce type doivent être portés par nos collectivités publiques pour avoir une chance d’être efficaces. Imaginer que des changements individuels, certes symboliques et bienvenus, peuvent à eux seuls répondre à l’urgence climatique est absolument insensé.

Une raison supplémentaire pour ne pas s’en prendre à un coupable désigné mais bien de mettre en marche un changement collectif est de faire face aux dogmes qui ont prévalu (et prévalent toujours) dans notre société: les dogmes qui placent les «city-hoppers» et la «fast-fashion» au rang d’intégration et de réussite sociale.

Grandir dans une société de consommation effrénée a forcément un impact sur les pratiques de consommation (surtout de la jeune génération), et une transition ne saurait se produire qu’avec un changement de mentalité. Il s’agit aujourd’hui d’établir une véritable politique écologique plutôt que de chercher un bouc émissaire.