Point de vue de Pierre Bühler: «Hommage aux dauphins de la Méditerranée!»

«Honte à une Europe prête à sacrifier tous ses principes au seul souci de 'réduire les flux migratoires'», tonne le théologien Pierre Bühler. Comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.

19 mars 2019, 12:00
Après avoir servi de refuge à des milliers de personnes en Mediterrannée, l'Aquarius est aujourd'hui inutilisable.

Février 2019: l’antenne neuchâteloise de SOS Méditerranée invite à une manifestation sur le Fribourg, dans le port de Neuchâtel, avec une exposition, un film et une fondue en soirée. Il s’agit d’informer sur la situation tragique des migrants qui tentent, aujourd’hui encore, de quitter les camps de Libye sur des bateaux de fortune pour atteindre l’Europe. Mais il s’agit aussi de récolter des fonds pour tenter d’affréter un nouveau navire de sauvetage, puisque l’ancien, l’Aquarius, est définitivement inutilisable.

Le film documentaire nous raconte les préparatifs aux sauvetages sur l’Aquarius, puis le premier sauvetage accompli par l’équipage. Une scène incroyable de ce film: lorsque le navire est en route pour le sauvetage, cherchant le bateau en détresse, avec plus de cent personnes entassées, un groupe de dauphins apparaît soudain, se place devant le navire et, nageant devant lui, le conduit dans la bonne direction, puis disparaît dès que le bateau en détresse est repéré. On m’a confirmé que cela est arrivé de manière répétée.

 

Il reste au moins les dauphins, qui mystérieusement sentent la détresse et veulent aider à porter secours.

J’en suis resté ébranlé. Imaginez, l’Europe a empêché tous les bateaux de sauvetage de naviguer, leur reprochant de collaborer avec les passeurs; elle s’est arrangée financièrement avec la Libye, pour que les migrants restent dans les camps (et y subissent toutes sortes d’horreurs, on le sait), et que s’ils partent vers l’Europe, les garde-côtes libyens les ramènent en Libye.

Et s’ils échappent, on les laisse plutôt se noyer que de permettre leur sauvetage, bafouant les règles fondamentales du droit marin. Ainsi, la Méditerranée, cette belle mer que les Romains appelaient mare nostrum, se transforme en vaste cimetière (40’000 morts en quinze ans).

Mais il reste au moins les dauphins, qui mystérieusement sentent la détresse et veulent aider à porter secours. A quel appel répondent-ils, que l’Europe n’entend plus? Hommage aux dauphins de la Méditerranée! Et honte à une Europe prête à sacrifier tous ses principes au seul souci de «réduire les flux migratoires» (communiqué européen du 4 juillet 2017).