Poésie d'un perce vagues

Gérard D'Aboville tentera de réaliser le premier tour du monde à l'énergie renouvelable. Le rameur de l'impossible se dit séduit par le projet de trimaran neuchâtelois «Réaliser le tour du monde à bord d'un trimaran mû par l'énergie solaire est davantage qu'une vision philosophique. C'est poétique!» A n'en pas douter, Gérard D'Aboville est un homme heureux. Le marin français se réjouit d'être le skipper qui accompagnera le Neuchâtelois Raphaël Domjan à bord de «Planet Solar». L'annonce a été faite hier à Paris, dans le majestueux cadre offert par le Musée national de la marine. Deux tours du monde attendent l'équipage franco-suisse. Le premier, vraisemblablement à partir de 2009, devrait faire naviguer le trimaran futuriste le long de l'équateur, avec plusieurs haltes promotionnelles en cours de route. Puis, le duo s'embarquerait pour ce que personne n'a fait à ce jour, quel que soit le moyen utilisé, boucler le tour du monde à l'énergie solaire sans escale!
01 août 2015, 23:18
Sexagénaire conquérant

Impensable voici quelques années encore, ce défi mobilise depuis deux ans Raphaël Domjan. Discret jusqu'à hier, l'ancien ambulancier a dévoilé son projet solaire à la face du monde. Pari réussi, puisque grâce au prestige de Gérard D'Aboville, personne n'a osé mettre en doute la faisabilité de ce qui reste un défi osé et risqué.

Fringant sexagénaire, l'ancien parlementaire européen force le respect dans le monde de la marine. L'homme a marqué son siècle en traversant l'océan Atlantique... à la rame. C'était en 1980. Plus fort: onze ans plus tard - même s'il avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus - il traversait le Pacifique cette fois-ci, toujours à la seule force de ses bras, et malgré une bonne trentaine de chavirages. Les images de «Sector» avaient alors fait le tour du monde. Loin des flots tumultueux, l'équipage franco-suisse a choisi les murs du très vénérable Musée national de la marine pour présenter cette alliance entre le Neuchâtelois amoureux de montagne et de ski et le Français, rapporteur sur la pêche au sein du Conseil économique et social de l'Union européenne. Là, entre la tour Eiffel et un majestueux canot d'apparat de Napoléon Ier, Raphaël Domjan et son équipe ont détaillé le projet, avec pour maître de cérémonie, l'ancien attaché de presse d'Alinghi. Des secrets demeurent néanmoins. On ne saura rien du budget, si ce n'est «qu'il n'est pas encore bouclé», glisse malicieusement Raphaël Domjan, estimant que seuls les sponsors sont libres de divulguer ce genre de détails.

Perce vagues

Cela n'inquiète guère à ce stade Richard Mesple. Le patron du chantier naval MW-Line, à Yvonand (VD) également présent à Paris pour présenter la maquette de «Planet Solar», croit dur comme fer dans les chances de réussite du tandem franco-helvétique. Du reste, le leader européen des fabricants de bateaux électro-solaires entend engranger un maximum de connaissances sur les contraintes de course grâce à «Sun 21». Autre embarcation fonctionnant à l'énergie renouvelable, sortie de ses ateliers, prête à appareiller ces prochains jours de Séville (Esp) pour rallier New York: là aussi avec le soleil comme seul carburant.

Elégante, la maquette rend mal qu'il s'agira là d'un révolutionnaire monstre gracieux des mers. Avec ses 30 mètres de long et 180 m2 de panneaux solaires, le trimaran dépassera de 5 mètres les formules un des mers que sont les class America. Mais «Planet Solar» sera beaucoup effilé puisqu'il repose sur le principe du «wavepiercer». Le «perce vagues» ne va pas les subir mais il les traversera. Les dernières avancées technologiques permettent de réaliser ce pari, promet le constructeur naval. / STE

Engagement pour l'écologie

«Le projet «Planet Solar» fait rêver tout le monde», assure Gérard D'Aboville. Du reste, c'est presque d'autorité que le président de la Fondation du patrimoine maritime et fluvial montera à son bord. «Raphaël Domjan m'a contacté pour parrainer le trimaran solaire. J'ai pensé, avoue-t-il, qu'il serait plus sympa d'y être impliqué.» Bourlingueur aux idées claires, le Neuchâtelois a vite compris l'avantage qu'il avait à tirer de cette association. Le français aura à charge de faire naviguer correctement le prototype. Avec modestie et humour: «Moi j'ai déjà fait mes preuves à la rame, c'est mieux... ou pire», rigole-t-il, en reconnaissant que ses forces à lui sont «de moins en moins renouvelables».

Gérard D'Aboville est ainsi prêt à faire confiance aux Suisses (dont la lenteur a encore bien fait rire les journalistes de l'Hexagone). «J'avais fait une très bonne expérience avec les sponsors suisses à l'époque, recadre-t-il. C'était des gens agréables, précis.» Quant à l'aspect écologique de la démarche, l'ancien député ne s'est douché au dernier embrun. Surtout en cette période préélectorale. «Personne n'y est insensible, mais maintenant le débat écologique envahit les discours politiques, en France.» Ne craint-il pas d'être récupéré par l'un des clans en vue des présidentielles? «Mais je serais ravi que les politiciens s'emparent de cette idée.» Pour le remettre lui-même en selle? «Non, la traversée est ma façon à moi de militer pour les énergies renouvelables», conclut Gérard D'Aboville, présentant la maquette de «Planet Solar» aux médias français. / ste