«Plastique trop belle», l’air du temps de Virginie Giroud

«Quand la plastique est aussi fantastique, nul besoin de se montrer sympathique pour attirer les hordes touristiques.» Découvrez «l’Air du temps» de Virginie Giroud.
22 oct. 2020, 05:30
AirDutemps-VirginieGiroud

«Maman, j’aimerais venir habiter ici! C’est trop joli.» C’est vrai que l’insolente beauté de l’Oberland bernois fascine. Des montagnes sublimes, des lacs féeriques, des villages au charme d’antan, de superbes chalets fleuris. Avec, cerise sur le gâteau, une multitude de petits trains à crémaillère qui gravissent des pentes vertigineuses et nous emmènent sur de majestueux sommets. Chaque découverte est un émerveillement, nous replongeant dans l’Invitation au voyage de Baudelaire: «Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.»

Mais soudain, un cri. Ou plutôt un grognement. «Y a des ours ici?», s’inquiètent les bambins. Non, juste un homme bourru qui nous aboie dessus en prétextant que nos enfants font trop de bruit sur la place de jeux. Car étonnamment, ces montagnes de rêve ont donné naissance à de drôles de personnages, un brin rugueux. «Küche geschlossen!», nous fait savoir la patronne d’un restaurant, à 20 heures tapantes, en nous invitant à quitter les lieux prestement. «On va souper où?», s’interrogent mes chérubins, le ventre gargouillant.

Au pays des somptueux glaciers, l’expression en vogue est «Distanz!», envoyée avec panache sous forme d’ordre de marche, sans autre formule de politesse. Alors d’accord, on s’éloigne, apeuré, pour ne pas recevoir de postillons.

Décor sublime. Cadre féerique. Quand la plastique est aussi fantastique, nul besoin de se montrer sympathique pour attirer les hordes touristiques. «Ben alors, Maman, pourquoi tu veux pas vivre ici? C’est pas chic?»

par Virginie Giroud