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Passage d'ouvre-boîte

Marc-Olivier Gonseth succède à son vieux complice Jacques Hainard sans vouloir le cloner. L'ethnologue d'origine jurasienne croit à une muséographie de la rupture panachée de recherches et d'animations Derrière lui on aperçoit un hamburger en plastique, une chaussure de femme remplie par un sachet de bonbons, un crâne et même une vidéo ornée d'une étiquette orange où les abréviations SM et ARTE semblent s'entrechoquer. Le monsieur n'a ni moustache, ni cravate bariolée, ne voue pas un culte aux vaches. Et à la question «Etes-vous Jacques Hainard?», il répond: «Non, je ne suis pas, et ne serai pas Jacques Hainard».

24 févr. 2006, 12:00

Marc-Olivier Gonseth s'inscrit dans la muséographie de la rupture qu'il a contribuée à développer au côté du prestigieux conservateur, pendant près de 25 ans. Mais ne se sent pas gardien du temple. «Je ne suis pas condamné à cloner une démarche», répond cet homme élégant de 53 ans, originaire de Porrentruy et dont on sait depuis hier qu'il reprendra la tête du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN), dès la semaine prochaine.

Un passeur

En 1979, on recherche un étudiant pour participer à l'exposition charnière entre Jean Gabus et Jacques Hainard (alors chef de travaux à l'Institut d'ethnologie), «Etre nomade aujourd'hui». Marc-Olivier Gonseth découvre une vocation: «Cela a été une piqûre ethnologique et muséographique, je ne m'en suis plus jamais relevé.» Une époque où concevoir une exposition ne signifiait pas exactement la même chose qu'aujourd'hui: «C'était assez folklorique, on composait les panneaux au stylo. J'ai découvert l'entreprise collective à laquelle je reste très attaché.»

L'ethnologue en a même fait un programme de candidature, lorsqu'il s'est présenté devant la commission chargée de trouver un successeur à Hainard: «Je me définis comme un passeur, «un bridge leader». J'aimerais mettre l'accent sur deux notions qui paraissent antinomiques, mais qui ne le sont pas: la recherche et l'animation. On peut se rapprocher encore plus qu'aujourd'hui de la recherche en utilisant les connaissances particulières des professeurs de l'Institut d'ethnologie et de leurs étudiants. La science peut et doit être non ennuyeuse.»

«Toujours la même chose»

Les animations contribueront sans doute à séduire le grand public, comme pendant le Centenaire de l'institution. Marc-Olivier Gonseth conserve un souvenir ému «des interstices, des transversales déconnantes». Le nouveau conservateur fait ici référence au «Dernier bastion du machisme» où, pour saluer la journée mondiale de la femme, certains hurluberlus éclusaient des bières et mataient du cinéma porno dans un garage de la rue Saint-Nicolas. Une performance offerte au public comme un objet muséographique. Ou une mémorable partie de jass au cochon au coeur du musée. Dans sa mission, Marc-Olivier Gonseth a souhaité être entouré par deux adjoints de moins de trente ans, Yann Laville et Grégoire Mayor: «J'étais le gamin dans l'équipe que nous formions avec Jacques Hainard, Roland Kaehr et François Borel. Je suis aujourd'hui l'ancien, garant d'une ligne, mais ravi de se frotter à une génération bercée par d'autres références culturelles.»

Certains continueront à penser que le MEN expose toujours la même chose, une critique largement rabâchée que Gonseth juge injuste: «Il est évident que nous avons cherché à développer une muséographie de l'idée, qui se préoccupe de l'humain, derrière l'objet. Mais avec des contrastes, personne ne peut dire que le système panoptique de l'exposition «X» et les diverses étapes de la mémoire de «Remise en boîte» renvoient aux mêmes discours.»

Et quant au style Hainard, qui pouvait être fascinant, Gonseth admire: «J'aime les réponses instantanées et intelligentes de Jacques. Mais je ne chercherai pas à avoir réponse à tout. Je trouve important que le MEN reste un observatoire ironique et attentif face à toutes les tendances de la société. Mais nous pouvons être près du peuple tout en répartissant la parole et en inventant un nouveau mode de réponse.» Non, être glacial ne rend pas plus crédible, assure-t-il en intellectuel sensible. / ACA

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