Où le palais de Dame Tartine n'est plus ce qu'il était

04 nov. 2010, 11:06

«SALOPE», «TA G...» déchiffrez-vous avec horreur sur le petit papier rose punaisé à votre porte. C'était samedi dernier, à l'heure où les vampires et les monstres ronflaient déjà. Quelques heures plus tôt, vous y aviez vous-même noté: «Pas de bonbons, désolée». Ben oui: c'était Halloween.

Pour éviter toute erreur judiciaire, vous vous assurez d'abord de l'innocence de votre propre tête de pioche. Surprise: non seulement il n'accorde plus aucun intérêt à cette vaste distribution de sucreries, mais en plus il se range de VOTRE côté, outré de ce vrai crime de lèse-maman. Vous hésitez: une promesse de cinéma et, c'est sûr, il vous ramène le coupable...

Vous n'osez pas. Et passez donc la journée du dimanche à faire défiler mentalement les visages des petits voisins du quartier. Les mêmes qui, lorsqu'ils vous croisent d'ordinaire, vous adressent un immense sourire en vous gratifiant d'un «bonjour madaaame» suraigu.

Tiens, ça vous fait penser qu'il n'y en a plus beaucoup qui vous tutoient, parmi ces gosses (celui de la porte excepté). Ne seriez-vous plus, soudain, cette grande copine qui joue au speedminton et au frisbee jusqu'à la tombée de la nuit dans la cour du collège, entourée d'une ribambelle de gamins joyeux?

«Dis donc, on va dehors faire du basket?», suggérez-vous à l'ange, pleine d'entrain, en poussant la porte de sa chambre.

«Je fais des maths», vous répond-il de son bureau. Puis il vous regarde en fronçant les sourcils: «Tu ne devrais pas te refaire une teinture?»

La vieillesse, c'est à quel âge? Au vôtre ou au sien?