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Noël devrait être un espace de respect plutôt que de querelles

Noël est-elle une fête pour tous? La religion doit-elle être limitée à la sphère privée ou a-t-elle sa place dans la société, à l'école par exemple? L'Eglise réformée neuchâteloise a récemment organisé une réunion sur «les chances et dangers d'une tradition» avec Thierry Béguin, président de l'Institut neuchâtelois et ancien patron cantonal de l'Education.

09 déc. 2007, 12:00

Thierry Béguin, vous êtes catholique et, comme conseiller d'Etat, vous avez dirigé l'Instruction publique de 1997 à 2005. La célébration de Noël a-t-elle sa place à l'école?

Oui. Ce n'est pas un mal d'apprendre des poésies de Noël à l'école, c'est tellement ancré dans notre identité de société judéo-chrétienne. Mais si une classe accueille des enfants musulmans, l'enseignant devrait y être sensible, veiller à ne pas les heurter.

Ça signifie que notre civilisation doit s'autocensurer, voire se mettre à genou devant l'islam?

Non! Quand on gomme la croix de la cathédrale de Lausanne sur des affiches promotionnelles dans un pays musulman, là on se met à genou. C'est scandaleux! On aurait mieux fait de renoncer à cette affiche. L'école, elle, peut avoir une approche différenciée.

Mais y a-t-il différents Noëls?

En tout cas différentes significations. On peut expliquer aux élèves musulmans ce qu'est Noël pour nous, les inviter à connaître et à respecter notre tradition. En même temps, on peut être à leur écoute, leur demander ce qu'ils pensent de Jésus, cité comme prophète par le Coran, ce que leurs parents leur disent à ce sujet. L'école doit transmettre des connaissances sur les différentes religions, pas chercher à convertir les élèves.

Mais Noël est-il encore ancré dans notre identité?

Même si l'indifférence religieuse gagne du terrain, notre structure identitaire, culturelle, est fondée sur le judéo-christianisme, dont les valeurs abouties sont la démocratie et les droits de l'homme. Et Noël est une chance. Même pour ceux qui n'y croient plus, même si Noël est une fête née tardivement, au quatrième siècle après Jésus-Christ, et que sa coïncidence avec le solstice d'hiver est une réminiscence païenne, c'est un moment fort et symbolique. Noël devrait être une occasion de réflexion, un moment de trêve, de sérénité, d'expression de l'amour et de l'amitié. Au-delà de l'aspect commercial d'aujourd'hui, les cadeaux reflètent l'offrande des rois mages.

Et la laïcité, dans tout ça?

Chez nous, la laïcité est relative, sinon on ne tolérerait pas que l'assermentation des gendarmes ou l'installation des autorités cantonales se déroulent dans un temple. Mais le noyau dur de ce concept réside dans l'obligation pour l'Etat de rester neutre confessionnellement, dans son activité en général et dans l'enseignement en particulier. Cette obligation ne s'impose toutefois pas aux élèves. Au nom de la liberté religieuse, ils peuvent afficher des signes d'appartenance, à condition que ceux-ci ne traduisent pas un prosélytisme ou n'empêchent pas l'identification, comme le ferait le voile intégral.

A vous entendre, nous ne serions donc pas dans une bataille entre affirmation du christianisme et islamisation de notre société?

Nous n'avons pas à rougir, nous n'avons pas à faire preuve de complexes face à d'autres religions. Je tiens à ce que nous ayons une identité forte, connue, sereine.

C'est quand on a soi-même cette identité qu'on peut sans crainte s'ouvrir aux autres identités. Il s'agit d'affirmer son identité, tout en respectant les autres. / AXB

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