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Pour l'enfant-serpent

Dans la région, une association épaule le seul centre pour enfants handicapés mentaux du Tchad. Avec de l'argent et des stagiaires La Suisse de l'Afrique. Le Tchad, c'est un peu la Suisse de l'Afrique centrale: les deux pays ont à peu près la même population. La comparaison s'arrête là. La Suisse est classée au 7e rang selon l'indice de développement humain, le Tchad au 173e. Sur 177 pays...

11 mars 2006, 12:00

Atterrissage choc. «Pour une coupure, ce fut une sacrée coupure!» Chaux-de-Fonnier de 20 ans, Alexis Schwaar a subi un choc lorsqu'il a débarqué à N'Djamena, la capitale de terre cuite aux portes du désert. «Ce n'est pas un pays attirant, sauf pour sa population chaleureuse. C'est pollué, il y a des maladies.» En février 2005, un peu dans le bleu quant à son avenir, il allait faire un stage à Ceser, le Centre d'éducation scolaire pour les enfants retardés de N'Djamena. Il est rentré retourné. Le jeune homme entamera des études sociales.

Une histoire d'amour. Ce n'est ni le premier ni le dernier stagiaire de la région à débarquer à N'Djamena. Le directeur du Ceser, Adoum Kidjim Naïban, s'est formé aux Perce-Neige des Hauts-Geneveys. Depuis, c'est un peu une histoire d'amour entre les deux institutions pour handicapés mentaux. Elle est parrainée ici par l'Association des parents d'enfants handicapés mentaux du canton et une association de soutien, coprésidée par l'éducatrice spécialisée chaux-de-fonnière Basilia Lafranchi. Après Alexis, Vanessa Fimmano, de Cressier, puis l'infirmière Claire-Lise Schwaar, la mère d'Alexis, sont allés à la rencontre de ces «enfants-serpents» du Tchad, en automne passé.

L'enfant-serpent. Il ne fait pas bon être handicapé mental au Tchad. Dans la tradition, on pense qu'un enfant handicapé est une malédiction. On le cache. «Ou, comme on pense que c'est un esprit maléfique, un enfant-serpent, on le dépose au bord d'un fleuve», disait Adoum Kidjim Naïban. Vanessa n'en revient pas: dans une cour, elle a vu un ado qui courait tout nu. Sa mère le met sur le pot et lui donne à manger, de temps en temps.

Un seul psychiatre. Dans tout le Tchad, il y a... un psychiatre. Et bien sûr aucun centre spécialisé pour les handicapés. «Beaucoup d'enfants n'ont même jamais vu un médecin tout court», a constaté Claire-Lise Schwaar, qui a donné au Ceser un cours de soins de base. Surtout pour soigner des plaies, qui tournent souvent en abcès.

L'appartement de terre. A 40 ans, le professeur de physique-chimie Naïban a tout lâché tout pour créer le centre. Sa nièce était handicapée mentale. Ceser ouvre en 1997 dans un petit appartement de terre. Il accueille aujourd'hui une cinquantaine d'élèves: autistes, trisomiques, handicapés congénitaux ou accidentels, épileptiques, etc.

Le regard change. «Grâce à ce directeur, le regard de la population commence à changer. Avant, on jugeait mal même ceux qui s'occupaient des enfants handicapés», constate Basilia Lafranchi.

Le champ de mil. Les parrains suisses paient les salaires du centre. «Sa vie ne tient qu'à un fil», dit Basilia. Ils ont aussi acheté un terrain dans un champ de mil aux portes de N'Djamena, pour créer un foyer d'insertion professionnelle. Car les premiers élèves du Ceser ont grandi. L'association de soutien, une centaine de membres, tiendra lundi son assemblée générale à 20h aux Perce-Neige. Les intéressés sont les bienvenus. / RON

Renseignements au tél. 032 968 68 31; www.ceser.org

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