Le marathon fou de Sylvette

16 avr. 2008, 12:00

«J'adore le froid!» Sylvette, la chômeuse qui manifestait contre les frontaliers au Col-des-Roches en février, remet ça. Depuis hier à 18h, elle marche autour d'un des stades du Communal, au Locle. Pour 24 heures non stop. Le but? «C'est un défi sportif. Mais surtout je défends mes idées. Je ne supporte plus tous ces gens de l'extérieur qui viennent travailler ici.»

Ces gens, ce sont les frontaliers, même si Sylvette n'écrit plus le mot dans ses courriers aux médias. Elle parle plutôt de se battre contre «le système qui exploite le travailleur», la pollution découlant du trafic pendulaire, les places de parc blanches occupées par les étrangers à la ville, les jeunes et les cinquantenaires sans travail et contre ceux qui l'ont insultée au Col. Attend-elle un résultat de son action? «Si ça peut faire bouger les gens», répond-elle, sans trop y croire.

Mais le défi des 24 heures de marche, Sylvette entend bien le réussir. «Personne ne me croit, mais ils ne me connaissent pas, je suis têtue». Bonne marcheuse - elle fait de la montagne - la jeune quinquagénaire s'est entraînée la nuit sur le stade de son défi: «Je ne dors en général que trois heures». Elle se sent pourtant en forme. «Mais ce qui m'aide, c'est ma colère», lâche-t-elle encore.

Pour son marathon - elle estime qu'elle parcourra dans les 50 kilomètres - Sylvette a préparé un véritable camp. Il y a sa tente pour se changer, décorée d'une vachette fribourgeoise qui lui rappelle d'où elle vient (même si elle est vaudoise) et seize drapeaux suisses qui jalonnent son parcours, vaguement éclairés par quatre lampes. Dans son bardas, un paquet d'habits selon qu'il souffle plus ou moins chaud ou froid, une paire de bottes et deux de basket. Côté ravitaillement, Sylvette a prévu deux litres de café, trois kilos de macaroni en salade, des barres de céréales, etc. «J'ai tout fait toute seule», précise Sylvette, qui aimerait bien que l'on pense un peu à elle pour ses frais, ainsi qu'aux Cartons du c?ur pour le reste.

Hier à 18h exactement, Sylvette est partie sous la neige, d'un petit train tranquille, seule, une lanterne à la ceinture, une radio sur une table de fortune. Au cas où, elle a pris un tricot pour passer la nuit tout en marchant. «Je pourrai faire une écharpe pour Denis de la Reussille», plaisante-t-elle. Tiendra-t-elle? Réponse aujourd'hui. / ron