Chronique d'une fermeture

La direction du fabricant de bracelets de montres HGT France, aux Fins, annonce un «projet de cessation d'activité». Le syndicat CGT dénonce un processus voulu pour fermer la société. Au profit de la Suisse? «Un coup dur pour le Haut-Doubs», titrait hier notre confrère «L'Est républicain». Il relayait l'annonce faite par la direction de la société HGT (pour Habillages de Garde-Temps), aux Fins, du projet de cessation d'activité de l'entreprise. Un euphémisme compte tenu de la loi française sur le travail. Cent quarante emplois sont menacés.

09 févr. 2006, 12:00

Une porte-parole de la direction nous a confirmé hier la nouvelle par téléphone. «La direction présentera le 22 février au comité d'entreprise le projet de cessation d'activité et le projet, insiste-t-elle, de plan de sauvegarde des emplois en vue d'entamer des négociations avec le personnel en vertu des dispositions légales».

«Nous avons affaire à quelques flibustiers limites, des menteurs»

Pour la représentante de la direction, les causes des difficultés de HGT Les Fins, qui fabrique des bracelets de montres métalliques de haut de gamme, sont simples. «Les conditions du marché sont telles que les volumes de commandes ont largement baissé». Elle l'explique par la concurrence asiatique, autant que par la mode du bracelet cuir. Mais si HGT projette de mettre la clé sous le paillasson, c'est surtout que «l'entreprise perd de l'argent depuis quatre ans». On n'en saura pas plus avant la réunion du 22 février.

A entendre ces arguments, le syndicat CGT saute en l'air. «Nous avons affaire à quelques flibustiers limites, des menteurs», n'hésite pas à dire Maxime Guillemin, le secrétaire départemental du syndicat d'obédience communiste. Hier également, la CGT tenait conférence de presse à Morteau. Pour elle, la fin de HGT France est comme la chronique d'une mort annoncée.

Propriétaire depuis 2001, le groupe Richemont international (dans la région, les marques Baume & Mercier, Cartier, Montblanc, Panerai, Piaget) a enlevé en 2002 le poumon de HGT, la fabrication de boîtes de montres, greffé aux Brenets dans l'entreprise helvétique soeur mais juridiquement séparée (lire ci-contre). Puis, dit encore la CGT, elle a enlevé à l'entreprise des Fins un de ses principaux clients: Cartier. Richemont aurait aussi vidé le fonds de réserve de HGT au profit des actionnaires. En 2001, HGT comptait 320 employés.

Pour le syndicat, HGT Les Fins était «extrêmement profitable». Même minoritaire dans l'entreprise, il entend appeler les salariés et la population à défendre le maintien d'une entreprise horlogère pointue viable et qui pourrait se développer, l'une des dernières du Jura français. «Le Val de Morteau ne doit pas devenir une cité-dortoir des entreprises suisses.» / RON

Les Brenets en parfaite santé

Tant en France qu'en Suisse, HGT a été créée par Gilbert Petitjean, qui met toujours la main à la pâte dans l'entreprise familiale les Ateliers Gilbert Petitjean SA aux Brenets (260 emplois dans l'assemblage et l'emboîtage). Il a vendu HGT tant aux Brenets qu'aux Fins, où il avait repris une entreprise en faillite en 1982, à Richemont en 2001.

HGT Les Brenets (110 emplois dans la boîte de montres) est-il aussi en difficulté, comme la rumeur le colporte outre-Doubs? «Absolument pas, nous sommes en parfaite santé», dit son nouveau directeur général Patrick Barberon. Pour l'heure, il refuse d'évoquer le transfert, même éventuel, d'employés de la société soeur des Fins, compte tenu de la complexité des procédures françaises. C'est pourtant ce qui se murmure... / ron