Pietro Falce quitte le Casino-Théâtre

Père de l'ambitieux projet de transformation du Casino-Théâtre, le codirecteur Pietro Falce, a annoncé sa démission hier. Rencontre

19 sept. 2014, 00:01
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"C'est la fin d'une histoire avec cette ville... Une histoire d'amour (...) Elle se terminera à la fin de l'année. J'ai mûri ma décision depuis plusieurs mois." Discours empreint d'émotion hier, en ouverture de la saison 2014-2015 du Casino Théâtre et La Grange du Locle. La dernière du codirecteur des lieux depuis huit ans, Pietro Falce, qui a annoncé sa démission au public, venu se détendre les zygomatiques avec l'humoriste Karim Slama.

Il y a une année à peine, Pietro Falce, qui partage la direction des théâtres loclois avec Ophée del Coso, dévoilait pourtant, plein d'enthousiasme, les ambitieux projets qu'il nourrissait pour le Casino (lire notre édition du 6 novembre 2013). Un cinéma de 120 places creusé en sous-sol, un nouveau café-théâtre créé en annexe afin de rapatrier La Grange sous le même toit que la grande salle, une brasserie ultramoderne avec terrasse et jardin... "C'est un crève-coeur...", admet celui qui considère que le théatre doit "offrir des bulles de champagne pour sortir de la rationalité d'une vie normale" , mais aussi "être un liant urbain pour favoriser les rencontres, un lieu d'expérimentation".

Pouvoir politique trop lent

"Tout le défi de ce projet était de faire comprendre que ce n'est pas un projet culturel, mais un projet collectif pour cette région" . Et de citer Elio Vittorini, écrivain engagé sicilien: "La culture est la force humaine qui découvre, dans le monde, les exigences d'un changement et lui en fait prendre conscience. "

Si les retours de la population et du comité de l'association Casino-La Grange ont été encourageants, "pour eux, ce projet était presque une évidence", Pietro Falce confie, "sans vouloir polémiquer" avoir en revanche "attendu des signaux politiques concrets qui permettent d'avancer".

"Ce qui ne signifie pas que le projet ne se fera pas" , assure le conseiller communal en charge de la Culture, Miguel Perez, qui conçoit que le rythme politique est souvent perçu comme trop lent, mais rappelle que la Ville a inscrit le projet à sa planification financière 2014-2017 et financé les premières études. "Le départ de Pietro me rend triste. On perd le père du projet, un touche-à-tout assez génial, quelqu'un d'incontournable au niveau de la culture des Montagnes. Lui perd son bébé."

Charge à Ophée del Coso, à compter du 1er janvier 2015, de veiller à ce que ce bébé s'épanouisse. "Je tiens à poursuivre, avec la personne qui remplacera Pietro et le soutien du comité, dans la continuité de ce que nous avons réalisé en duo durant huit années magnifiques" , a-t-elle assuré hier. Contact a déjà été pris avec Miguel Perez pour la suite du projet du Casino. " Pietro nous a transmis tout son travail, ses plans. Si la Ville joue le jeu, son projet prendra de la consistance à l'horizon 2017-2018. Une belle histoire se termine mais je suis confiante. Celle à venir sera belle aussi".

Une période de "deuil" , pour Pietro Falce, néanmoins rasséréné à l'idée que son projet lui survive. "C'est évidemment difficile quand on travaille avec son intuition, avec son coeur. Mais je suis très fier d'avoir participé à ça. Je remets le projet en bonnes mains et je serais heureux de célébrer cette naissance dans quatre ou cinq ans".

Leçons de vie en coulisses

Un espace lui manquera tout particulièrement: le couloir qui mène, de la loge à la scène, l'homme à l'artiste. "C'est chargé d'émotion, de peur, de tout. J'ai été privilégié d'entrer dans cette zone- là."

Il suffit d'égrener quelques noms, Jaoui, Weber, Arthur H... pour que ses yeux s'éclairent. "Agnès Jaoui, elle est arrivée bougonne, en plein hiver. La Grange ne lui plaisait pas. Elle refusait de sortir de la voiture. Pour finir, elle est restée au Locle une semaine. Une semaine de bonheur" . Arthur H? "Un sauvage qui ne s'est laissé approcher qu'après trois jours. L'année suivante, il est revenu avec son fils. On a fait des balades dans la neige" . Et sa rencontre la plus importante peut-être, Sergi Lopez, "Une découverte d'Ophée. Un "maçon espagnol", pas un artiste qui vérifie si on le regarde. Avec lui, j'ai compris ce que ça signifie, "être", se souvient-il avant de conclure: "Les artistes nous rendent meilleurs parce qu'ils explorent leur intimité comme on ose rarement le faire. "