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Le tissage des âmes

Dans le cadre de Visarte 2006 consacré aux couples d'artistes, le MBA du Locle présente les univers entremêlés de deux créateurs d'ici, Jeanne-Odette et Claudévard e travaille de manière instinctive, comme si les idées ne passaient pas par le cerveau mais naissaient directement dans les mains», raconte Jeanne-Odette devant sa tapisserie monumentale intitulée «Pour jouer Shakespeare» (1972), une déliquescence organique pleine de soubresauts et d'ombilics noués qui s'écroule sur un tapis noir comme les fluides d'un écorché tout frais. «Prendre un crayon m'a toujours fait un peu peur, mon trait à moi, c'est par le fil et l'aiguille qu'il passe».

11 mars 2006, 12:00
Habiller l'architecture

Jeanne-Odette et Claudévard (de son vrai nom Jean-Claude Evard, décédé en 2004) forment la figure emblématique et bicéphale de la triennale Visarte 2006, intitulée «Pas tout seul», et qui s'intéresse aux univers entremêlés des couples d'artistes. L'exposition se tient cette année dans les musées des beaux-arts des trois villes du canton, quoique dans une moindre mesure à La Chaux-de-Fonds. Les oeuvres de Jeanne-Odette et Claudévard sont exposées au MBA du Locle, et c'est un peu normal puisque les deux artistes, biennois d'origine, ont vécu d'abord à La Brévine puis au Cerneux-Péquignot, et que la fresque qui orne la façade du bâtiment est signée Claudévard.

Mari et femme sont surtout connus pour les tapisseries monumentales qu'ils ont exécutées à quatre mains et pensées ensemble - même si la plupart d'entre elles sont signalées comme oeuvres du seul Claudévard... Commandées pour des lieux publics, elles ne figurent dans cette exposition que sous forme de maquettes: «Ça n'a pas de sens de les exposer ici, elles ont été conçues pour l'architecture du lieu, explique Jeanne-Odette. Jean-Claude était très «Corbu», il pensait la tapisserie comme un habillement pour l'architecture, pas comme un petit truc à accrocher dans un coin».

Entre les deux artistes, la communion de pensée ne s'est pas limitée aux grandes créations communes mais s'est exprimée dans l'oeuvre de chacun à sa manière propre. «Le paysage les inspirait beaucoup, explique la conservatrice Stéphanie Guex. Quand ils sont arrivés à La Brévine, ils ont été marqués tous les deux par la dureté du paysage». Au point que Claudévard, déjà bien engagé dans la peinture abstraite, revient à une forme de figuration mais qui joue avec la géométrie et continue de frôler l'abstraction. Il peint des paysages réduits à la pierre, à la terre, des tableaux durs et sombres qui cherchent les forces primitives.

Jeanne-Odette, elle, tisse dans l'encadrement de la fenêtre de grandes stries où le noir et le blanc chantent en canon, selon une technique qu'elle a inventée et que son mari a baptisée «Interférences». Jeanne-Odette a été très marquée par un été passé chez Elsi Giauque, pionnière de la tapisserie en Suisse et elle-même élève de Sophie Tauber-Arp.

Parcours à l'encre

«Le dessin, c'était l'espace de liberté de Claudévard», poursuit Stéphanie Guex. Comme les artistes informels, comme Soulages, il choisit l'encre de Chine qui permet des contrastes forts. Ses dessins illustrent ses diverses obsessions, les éléments primitifs, les pierres et la terre, l'engagement politique dans les années 1970, l'architecture ensuite, avant de retourner vers des dessins qui de nouveau tendent vers l'abstraction, une dislocation des formes que le peintre tentera de résoudre dans des évocations de la vie sur les chantiers. «Claudévard reste toujours à la lisière du figuratif, il a toujours été très attaché au monde réel».

Dans ses dernières oeuvres, il trouvera l'inspiration dans la sobriété archaïque du plan des églises cisterciennes. Ces tableaux apaisés sont accrochés dans la grande salle carrée du musée, pour laquelle Jeanne-Odette a créé une oeuvre sur mesure: un portique fait de cadres successifs et tendus de fils, qui du blanc au rouge en passant par le jaune, créent une voie de couleurs qui s'intensifient et crient la vérité du titre: «Et nous irons vers le soleil». / SAB

Le Locle, Musée des beaux-arts, du 12 mars au 4 juin. Vernissage aujourd?hui à 17 heures

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