«La presse, c’est du lourd», l’Air du temps de Claire-Lise Droz

Si le papier a un poids, il a aussi une saveur toute particulière. Découvrez la chronique «Air du temps» de Claire-Lise Droz.
02 nov. 2020, 05:30
AirDutemps-Claire-LiseDroz

«Qu’est-ce que vous faites, madame? Vous savez que c’est interdit? Attention!»

J’étais en train de glisser deux journaux dans une poubelle, sur le quai des bus de la gare de la Tchaux. Une jeune policière qui passait par là m’a péremptoirement recadrée.

Elle avait raison, j’avais tort: les journaux doivent aller dans les containers à vieux papier. Pour ma défense, le seul que j’avais repéré dans le coin, c’était en haut de la rue du Versoix. Pas la porte à côté. Et puis, quand on a le dos mal fichu, plus on porte du léger, mieux ça vaut. Or, les journaux pèsent leur poids, mine de rien.

Lire son canard sur son portable? Mais moi, j’aime le papier, le bruissement des pages qui se tournent, l’encre qui tache les doigts, les miettes de croissant qui se coincent entre deux pages… Un journal, c’est un copain, et je n’aime pas le jeter (mais bon, ça s’entasse, ça s’entasse); car un journal, ce n’est pas un vieux papier ordinaire.

Je me souviens du pur bonheur d’avoir retrouvé de vieux «Salut les copains» à une foire du livre au Locle. Ou bien un magazine des années 50 avec des photos noir-blanc d’une belle robe de soirée de Patou, une pure merveille!
Et puis, le plaisir exquis de se plonger dans les gros bouquins noirs des archives tirées des caves de «L’Impartial» quand on préparait des articles historiques.

Ce plaisir exquis de tourner avec précaution ces pages jaunies qui s’effritaient… D’ici 50 ou 100 ans, imaginons des citoyens attendris qui veulent se replonger dans les aléas des élections communales de 2020… Il y a bien des chances qu’ils ne trouvent, comme compagnie amicale, qu’un écran scintillant.
 

par Claire-Lise Droz