Votre publicité ici avec IMPACT_medias

La mémoire de la Tour

Sadi Bosquet, bientôt 88 ans, habite depuis 33 ans à la rue Bournot 33, dans la célèbre Tour verte. Il en est le chroniqueur et la mémoire vivante, malicieuse et parfois attendrie Depuis 33 ans, il habite à la rue Bournot 33. La célèbre Tour verte dite aussi «le haricot», voire «le poireau»! Sadi Bosquet, qui va fêter ses 88 ans, raconte la saga du plus haut édifice du Locle, ses 120 appartements, et ses quelque 200 habitants: «C'est un vrai hameau! On rencontre des gens, on ne sait pas si ce sont des nouveaux locataires ou des clients du médecin». Et dire que Willy Becker, l'entrepreneur constructeur, lui demandait: «Qu'est-ce que tu crois, les gens viendront-ils y habiter?» Il était en souci...»

24 sept. 2006, 12:00

Aujourd'hui, Sadi Bosquet en est le plus vieux locataire. Il y est arrivé le 1er juin 1973, précédé de «Frédy Oesch, qui était directeur de la SBS, et de mon fils aîné, Charles-Henri, qui est venu deux mois avant moi». A cette date-là, la Tour verte «était habitable, mais pas encore terminée. Il y avait encore les peintres tout en haut!»

«En 33 ans, l'ascenseur est tombé en panne à trois reprises»

Sadi Bosquet, philosophe malicieux, intéressé par une foule de choses - y compris le tiercé «pour m'amuser, de temps en temps...» -, est un véritable chroniqueur de cette tour. Ça doit être de famille: son neveu, le regretté Sadi Lecoultre, était lui-même chroniqueur à «L'Impartial». Il faut dire que la famille Bosquet, c'est déjà une saga en elle-même. Sadi, né aux Brenets, avait huit frères et soeurs, dont un frère architecte et un autre entrepreneur. Son père, enfant trouvé et placé dans un orphelinat à Aoste, avait vécu une véritable épopée avant d'arriver dans les Montagnes. Il a transmis à son fils ses talents de chiromancien, voire de radiesthésiste. Avec la vieille montre-oignon de son père, Sadi Bosquet retrouve des chiens, ou même des veaux. On le consulte par téléphone!

Fier d'être 122e!

Sa Tour verte, il la connaît comme sa poche, et c'est là aussi, chez Verem, verres minéraux, qu'il a terminé sa carrière professionnelle. Il se souvient que lors de la construction du centre de fitness avec piscine et saunas, Willy Becker avait demandé des «prix industriels», autrement dit des rabais pour le chauffage des saunas, mais le conseiller communal responsable à l'époque, bien connu pour défendre la classe ouvrière, avait refusé tout net en disant que les saunas, c'étaient les riches qui avaient les moyens de se les payer!

Il se souvient aussi qu'en 33 ans, «l'ascenseur est tombé en panne à trois reprises», et à chaque fois, 20 minutes maximum, une moyenne acceptable, «il faut faire la part des choses!»

S'il connaît tout le monde dans ce «village»? Ça non. Il fut un temps où le concierge Albert Piquerez y organisait des verrées à la veille de Noël, ce qui a malheureusement disparu car «cela créait des animosités!» Mais il garde un souvenir vivace et cher à son coeur de deux locataires célèbres qui étaient devenus ses amis: l'érudit André Chédel, «un phénomène!», et le pasteur Robert Jequier, disparu en 2002 dans sa 103e année. Sadi Bosquet cherchait à le convaincre que les religions n'étaient qu'une vue de l'esprit. «Il m'a dit: «Vous êtes un mécréant!» Je lui ai dit: «J'ai quand même une religion, c'est la tolérance». Avant d'entrer à la Résidence, il m'a dit: «Vous avez quand même raison».

Pour rien au monde Sadi Bosquet ne quitterait sa Tour verte. Même pas pour aller habiter sur les Monts? «Ah non, je me plais énormément en ville, j'aime voyager parmi les gens». Moche, Le Locle? «C'est le plus beau pays du monde. Je suis fier d'être 122e et d'y vivre comme on y vit!» / CLD

Votre publicité ici avec IMPACT_medias