La chronique de Christophe Bugnon: y’Haut-Bas

Retrouvez la chronique hebdomadaire de l'humoriste neuchâtelois sur notre site. Ce vendredi, Christophe Bugnon se lâche sur… le clivage Haut-Bas.
28 sept. 2017, 14:27
/ Màj. le 29 sept. 2017 à 14:00
Portrait de Christophe Bugnon    La Chaux-de-Fonds, le 10 novembre 2016  Photo : Lucas Vuitel

La cohabitation cantonale entre les Montagnes et le Littoral connaît des hauts et des bas. Ces temps surtout des bas. Les votations du dernier week-end n’ont pas arrangé les choses. Comme à chaque fois qu’il y a un désaccord entre le Haut et le Bas, les thérapeutes de couple amateurs s’en donnent à cœur joie dans les médias, sociaux ou non, et finissent par ressortir la théorie du «super canton».

Montagnons, séparons-nous et créons un nouveau canton avec le Jura Bernois et les Franches-Montagnes. Et peut-être Morteau. Pour la saucisse. Sauf qu’on ne leur a pas demandé leur avis aux voisins. C’est comme après une scène de ménage quand on dit: O.k., on ne s’entend plus, je te quitte, je vais vivre avec Demi Lovato. En entier. (Si vous ne savez pas qui est Demi Lovato ne vous inquiétez pas, elle non plus ne sait pas qui vous êtes). Sauf qu’on ne lui a pas demandé son avis à Demi.

Donc, en général, on va prendre un demi (sans majuscule), on rentre la queue entre les jambes, et on essaye de se rabibocher. En plus, connaissant l’esprit d’ouverture des sangliers et autres bêtes à groins et cornes, je ne suis pas sûr qu’ils meurent d’envie de se coltiner un mariage avec une vieille métropole horlogère d’antan.

Alors on nous propose le canton juste «du Haut». Mais sans Les Brenets qui ne sont pas du bon côté de la montagne. Eux, on les donne à la France, ça mettra les bouchons de frontaliers plus loin. Et sans La Brévine et son permafrost et La Sagne et son brouillard digne du bas. Le Locle et ses communistes on n’en veut pas. On finit avec un canton-ville de La Chaux-de-Fonds. Bien refermé sur lui, mais qui sera toujours plus grand qu’Appenzell, et tout aussi ouvert. On fera les votations à main gelée.

Non, comme dans tout couple en péril, on ferait mieux de faire un effort pour continuer la vie commune. C’est que c’est cher un divorce (les frais d’hôtel et judiciaires feraient trembler un avocat neuvevillois). Et ce n’est sûrement pas en allant chercher ailleurs que ça ira mieux. Organiser une partouze règle rarement les problèmes conjugaux.

Les gens du Haut sont-ils si différents de ceux du Bas qu’ils ne puissent pas s’entendre? Pour en avoir le cœur net j’ai donné de ma personne en faisant une étude sociologique comparée très poussée de la population du Bas et du Haut: j’ai fait la Braderie et les Vendanges. La différence essentielle entre le Haut et le Bas, c’est 5 degrés. Une polaire et c’est réglé. Cherchons plutôt les points communs que les différences et à minuit, derrière un bar, je peux vous dire que de Haut ou du Bas, y’en a pas un pour rattraper l’autre.

En accentuant les différends, on court à la violence conjugale sanglante. Je n’aimerais pas être là pour régler les pots cassés. Je vous rappelle que l’on a ni hôpital centralisé, ni hôtel judiciaire.