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Hymne à toutes les libertés

Où faut-il ériger le monument du centenaire? Au Locle, là où «la Révolution a amorcé sa marche victorieuse». La statue de pierre est un hommage à toutes les insurrections dégagé des références à 1848

01 mars 2006, 12:00
Aux origines

Pourquoi Le Locle, berceau de la Révolution, là où elle «a amorcé sa marche victorieuse», n?aurait-il pas son monument? La question agite les esprits neuchâtelois dès 1946, alors qu?un comité, sur l?instigation du Conseil d?Etat, commence à prendre en main l?organisation des manifestations du Centenaire. Elle l?emporte rapidement sur deux autres projets d??uvre durable: la rénovation de la salle du Grand Conseil et la construction d?un «Mur des Neuchâtelois», bas-relief contre le mur de la terrasse de la collégiale. Un concours est lancé. Il est ouvert aux artistes d?origine neuchâteloise ou établis depuis au moins deux ans dans le canton. Ce qu?on leur demande de soumettre, c?est un projet «qui symbolisera l?insurrection ou la libération». On élimine toute référence historique, en laissant une plus grande liberté à la création artistique.

Premier prix

Le jury reçoit treize projets. Il en retient cinq et remet trois prix. A l?unanimité, le premier (2500 francs) est remis à Hubert Queloz, jeune sculpteur chaux-de-fonnier (1919-1973). Dans ses commentaires, le jury relève la qualité de la composition générale, «sobre, calme et bien dans le caractère de la ville». Ce même jury coupe aussi court à toute polémique. Lorsque Léon Perrin, qui a reçu le troisième prix, accuse son ancien élève de plagiat, «pour s?être inspiré d?une ancienne maquette d?atelier», il ne retient pas l?accusation.

Groupe de trois

La composition de Queloz ne s?appelle pas «La Liberté» par hasard. Les trois figures qu?il représente sont unies dans un même mouvement. D?émancipation, disent certains. Dans un même arrachement, ajoutent d?autres, comme si elles jaillissaient du roc dont elles sont encore prisonnières. Au sommet, debout, une femme, bouche ouverte, une épée par-dessus la tête. On la dit figure de proue, comme l?antique «Victoire de Samothrace». Sur sa gauche, mais plus bas ? et invisible sur notre photo ?, un jeune homme, tel un révolutionnaire en marche, la main en porte-voix pour donner davantage de portée à son cri. A sa droite, un cheval cabré, symbole d?énergie et de fougue. Et surtout libre: il n?a ni harnais, ni bride.

Qui a payé?

Le coût du monument est englobé dans le budget du Centenaire. Il a été limité à 60.000 francs.

Une copie

Le général Guisan, le conseiller fédéral Max Petitpierre, les élus neuchâtelois aux Chambres, le Conseil d?Etat in corpore, «c?est bien la première fois que se rencontrent au Locle tant de hautes personnalités à la fois», écrit fièrement la «Feuille d?Avis des Montagnes». Pourtant, ce 11 juillet 1948, tout ce beau monde inaugure une copie. Une maquette en plâtre grandeur nature. Lorsqu?il reçoit son prix, un an auparavant, le sculpteur constate rapidement que le temps qu?on lui laisse pour mener à bien son travail est bien trop court. Surtout que, pour garantir sa bonne conservation, il est préférable d?extraire la pierre de sa carrière au printemps. Comme il n?est pas question d?ajourner les fêtes du Centenaire, on trouve ce subterfuge ... dans le strict respect du protocole. Quant à l?inauguration de l??uvre définitive, elle aura lieu en 1949, en petit comité. Sans général ni conseiller fédéral.

Lu dans la presse

Unanimement appréciée, la composition de Queloz. En témoignent les articles parus dans la presse neuchâteloise de l?époque. «L?Impartial» la compare ? excusez du peu! ? aux sculptures de Rodin. La «Feuille d?Avis de Neuchâtel» s?extasie devant un monument «nerveux, ambitieux, merveilleusement équilibré». Quant à la «Voix ouvrière», communiste, elle conclut ainsi: «Notre parti, qui est fier de compter Hubert Queloz parmi ses membres, travaille pour que la République aille de l?avant».

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