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Hopitaux: il faut se résoudre à des rationalisations selon Pierre Yves Bilat

Le président de la Société neuchâteloise de médecine prend position.

02 déc. 2011, 15:01
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Le Conseil d'Etat est entré dans la dernière ligne droite. Il est en train de peaufiner son rapport sur la répartition des missions au sein de l'Hôpital neuchâtelois (HNe). Les cinq ministres ont tenu des séances spéciales, samedis compris. Ils ont aussi beaucoup consulté. Cheffe du Département de la santé, Gisèle Ory a rencontré ces derniers jours la commission "santé" du Grand Conseil, le conseil des hôpitaux, le conseil cantonal de santé...

Pierre Yves Bilat fait partie de ce conseil. Il a également participé à la réflexion menée à l'interne par l'Hôpital neuchâtelois avant l'élaboration du plan stratégique. Médecin généraliste à La Chaux-de-Fonds, domicilié dans cette ville, Pierre Yves Bilat préside la Société neuchâteloise de médecine, qui regroupe les 450 médecins que compte le canton. Ici et là, il a fait part de sa vision, mais n'a guère été suivi, comme en témoignent ses propos.

Pierre Yves Bilat, est-ce que le plan stratégique vous satisfait?

Non. Autant le travail de réflexion a été constructif, autant ce plan génère beaucoup d'incertitudes, voire d'angoisses, notamment en raison de définitions floues. J'ai fait part de mes inquiétudes, mais visiblement, le milieu politique a d'autres priorités que les miennes.

Expliquez-vous...

Les politiques laissent croire que tout va rester ouvert partout. Or ce n'est pas possible. Qu'il s'agisse des policliniques régionales ou de ce qu'on appelle les "lignes de garde", il faudra se résoudre à des rationalisations - je ne dis pas rationnement. Il faudra s'y résoudre, ne serait-ce que parce qu'on manque de bras. On peine de plus en plus à trouver des médecins, dans les Montagnes en particulier. A mon avis, il est faux de répondre à un problème de santé publique en cherchant à faire en sorte que des initiatives populaires, qui sont des démarches politiques, soient retirées. Encore une fois, on ne peut pas tout faire partout. Et il faut accepter de remettre en cause l'équilibre que les politiques placent au premier plan.

Pourquoi cette remise en cause?

Dans les Montages, il faut comprendre et accepter que l'hôpital Pourtalès a pris plus de poids pour des raisons historiques, géographiques, architecturales ou encore démographiques. Le Littoral et les vallées, c'est deux tiers de la population du canton. On ne peut pas corriger un déséquilibre avec des missions irréalistes. On ne peut pas créer artificiellement un super-hôpital à La Chaux-de-Fonds. Etant entendu que cette ville doit absolument conserver un hôpital valable.

Ce qui veut dire?

Cela signifie qu'il doit y avoir des services de chirurgie, de médecine et d'urgence, ainsi que des soins intensifs. Mais le bloc opératoire n'a pas forcément besoin de rester ouvert la nuit et le week-end pour une seule intervention en moyenne par semaine...

La chirurgie ambulatoire et de court séjour à La Chaux-de-Fonds: une bonne idée?

Il est faux de dire que toute cette chirurgie va monter à La Chaux-de-Fonds. Là aussi, c'est artificiel. D'abord parce que les chirurgiens du Bas, pour diverses raisons, ne vont pas monter. Vous savez, la chirurgie est certes un monde particulier, mais c'est aussi un domaine extrêmement pointu, et il faut écouter ce que les professionnels ont à dire. Et cela même si les chirurgiens du Haut et du Bas n'arrivent pas à s'entendre. Aucun projet n'aboutira s'il a été conçu sans l'appui des professionnels.

Alors que proposez-vous?

D'abord de ne pas parler de chirurgie stationnaire, qu'elle soit complexe ou pas, car ça ne veut pas dire grand-chose. Ensuite d'accepter le fait que la chirurgie dite lourde se fasse à Pourtalès, tout en rappelant que les cas les plus lourds, aujourd'hui, se font de toute façon hors de notre canton. Enfin, j'ai proposé que la répartition entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel se fasse non pas en fonction de la durée de l'hospitalisation, mais par spécialisation. On pourrait ainsi imaginer que la chirurgie thoracique ou vasculaire soit à La Chaux-de-Fonds. Cela, aussi, parce qu'il est important pour cet hôpital de disposer de médecins de très haute compétence, notamment pour les urgences et pour la formation des jeunes médecins.

Vos propos ne vont pas dans le sens du groupe interpartis qui se bat en faveur de l'hôpital de La Chaux-de-Fonds...

Effectivement. Je ne partage pas son analyse. Je pense qu'il n'est pas juste, ni même très honnête, de faire croire à la population des Montagnes que l'ensemble de la chirurgie "stationnaire", pour reprendre ce terme, puisse être localisé à La Chaux-de-Fonds. Car tous les Neuchâtelois du bas ne vont pas monter. Le mouvement naturel va vers le Bas. Et c'est un Chaux-de-Fonnier qui le dit...

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