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Une traque numérisée

La police neuchâteloise et les CFF ont affiné leur stratégie pour freiner l'ardeur des sprayeurs. Avec leur banque de données respective, l'identification des «artistes» est presque devenue un jeu d'enfant La démocratisation des appareils de photo numériques a réservé une bien mauvaise surprise aux tagueurs et graffeurs impénitents. Tant les CFF que la police cantonal e neuchâteloise ont su tirer parti de cette avancée technologique. L'un comme l'autre photographient toutes les «oeuvres à la bombe» qui ont fait l'objet d'une plainte pénale. Clic-clac: en un tournemain, les photos sont vidées dans un ordinateur. Un autre clic de souris et l'historique de l'artiste recherché s'affiche. Aussi simple que cela... Enfin presque, car il faut bien «nourrir» la bécane.

16 sept. 2006, 12:00

C'est le rôle du «Monsieur graffiti» de la police cantonale. Une casquette portée par Robert Paillard, fin connaisseur de la mouvance des sprayeurs depuis le milieu des années 1990.

Pionnier en Romandie

Confronté aux tagueurs et graffeurs de La Chaux-de-Fonds, le gendarme s'est trouvé fort démuni pour intervenir efficacement. «Il a fallu réfléchir à une stratégie», lance-t-il. Car, pendant bien des années, chaque policier travaillait un peu dans son coin, sans avoir véritablement l'occasion d'échanger ses expériences avec des collègues confrontés aux souillures à la bombe. Il faut comprendre qu'à l'époque, «nous utilisions des Polaroïd. La qualité des photos était relative et il fallait consulter les dossiers un à un» pour ressortir des éléments probants. L'avènement de la photo numérique «a fait ?exploser? notre banque de données...» soutient le sergent-major.

Qui a tout de même dû s'armer de patience avant de disposer d'un outil informatique réellement performant. Il n'est à sa disposition que depuis ce mois d'avril 2006. Mais c'est une spécificité toute neuchâteloise sur le plan romand: Neuchâtel fait oeuvre de pionnier.

Plus de 200 dénonciations

Le véritable tournant a été pris en 2004. Année où un premier serveur a centralisé toutes les photos dans un nouveau système développé en interne. L'avantage fut déjà déterminant. «Nous avons pu regrouper les recherches par lieux, dates ou caractéristiques des tags», déclare le limier, en évoquant une razzia opérée en novembre 2004, qui avait mis sur la touche une trentaine de tagueurs. «Depuis cette opération, le nombre de plaintes a chuté», assure l'enquêteur. Plus de 200 dénonciations ont tout de même été déposées depuis le début de l'année...

La police a définitivement pu régler un autre problème avec le nouveau serveur en place: «Il arrivait fréquemment que, faute de connaissances dans le domaine, le policier en charge de l'enquête conclue à ?une signature illisible? du tagueur.» Ce n'est, évidemment, plus le cas depuis que «Monsieur graffiti» gère l'entier des photos annexées aux plaintes.

Mailles encore larges

Tous les cas de souillures sur les édifices privés ou publics ne sont pas pour autant réglés. «Nous sommes efficaces à 98%» juge Robert Paillard. Ce qui ne signifie pas que tous les tagueurs sont identifiés. Le taux de réussite des enquêtes varie entre 25 et 75 pour cent. Ce qui laisse encore de la place aux tagueurs en herbe. A l'instar de cet écolier, à peine plus haut que son cartable, vu lundi dernier, rue des Beaux-Arts, à Neuchâtel. Muni d'un feutre bleu, le bambin a longé la rue. Et, dès le numéro 15, le jeune «artiste» a utilisé son feutre selon son envie. Tout en marchant, il traçait des courbes sur le mur, les alternait de temps à autre de trois points. Puis, tout d'un coup, il a signé son intervention murale - Léo - avec une surprenante assurance calligraphique. Il n'est pas sûr que les mailles du filet tendu par la police soient efficaces dans ce cas-là. Que la traque soit numérisée ou non. / STE

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