Une monographie immortalise l'œuvre de Luc Torregrossa

Le libraire, artiste et éditeur neuchâtelois Yannick Zürcher rend hommage à Luc Torregrossa en publiant une monographie de grande envergure qui sacre l'œuvre atypique de l'artiste chaux-de-fonnier.

09 juin 2009, 04:15

Sept ans après la mort précoce en 2002 de Luc Torregrossa et après sept ans de labeur, Yannick Zürcher inaugure les éditions du Cormoran blanc, un label à compte d'auteur créé à l'occasion de la parution de la monographie consacrée à Luc Torregrossa. «J'ai choisi ce symbole anachronique et décalé car le cormoran est en réalité toujours noir, en souvenir de Luc, dont c'était l'oiseau fétiche.»

Né en 1965 à La Chaux-de-Fonds, Luc Torregrossa a poursuivi une carrière en marge des mouvements artistiques dominants, optant au fil des années pour une peinture de plus en plus mystique et épurée. A travers ce projet monographique original, Yannick Zürcher permet pour la première fois d'appréhender l'ensemble de l'œuvre puissante et contrastée de l'artiste incandescent, invariablement orientée vers la représentation picturale figurative.

Les premières démarches en vue de récolter la somme nécessaire à la parution d'un ouvrage sur Luc Torregrossa débutent en 2002. L'association Lutor est fondée autour de quelques membres de sa famille, d'amis et d'artistes, ayant entre autres desseins celui de récolter des fonds par la vente d'œuvres de l'artiste. «Ce que nous avons réalisé par le biais d'une grande exposition, organisée conjointement en trois endroits différents à La Chaux-de-Fonds, en 2003», raconte Yannick Zürcher. Le produit des ventes notamment a permis d'envisager l'édition de la monographie. Dès lors, à l'initiative de Yannick Zürcher, l'aboutissement du projet lui fut confié. Soutenu par une institution à vocation culturelle et de fidèles relais amicaux «comme la fantastique maman de Luc», le jeune éditeur releva le défi en cinq ans. Ce premier ouvrage est publié en dehors des structures professionnelles conventionnelles tout en bénéficiant de la collaboration de Grégoire Müller, Francis Stähli, Edmond Charrière et Sylvie Balmer pour les textes. «C'était surtout le défi d'aller jusqu'au bout d'un projet d'une telle envergure qui m'a motivé», souligne Yannick Zürcher, «mais plus j'avançais dans cet ouvrage, plus je me sentais devenir proche de Luc.»

Même si l'ensemble de l'œuvre semble d'une remarquable homogénéité, cette monographie permet de découvrir deux phases distinctes de son œuvre. Le début de son activité artistique, reflétant sa soif d'expression et sa rage intérieure, où son pinceau subversif lui sert d'outil de dénonciation, notamment au service de causes alternatives, et une deuxième phase, qui se précisera au cours de la dernière décennie de sa vie, marquée par une attitude plus dirigée vers l'intériorisation et la quête de l'absolu. Comme conclut très justement Yannick Zürcher, «il est impossible de passer à côté de la singularité de l'œuvre de Luc Torregrossa».

Parallèlement à la publication de la monographie, la libraire galerie Impressions présente une exposition des œuvres emblématiques de Luc Torregrossa. /SEC