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Un pudique haut en couleur

Il a le verbe aussi franc que les couleurs de sa palette. A la demande de la Fondation de l'Hôtel de ville du Landeron, Elio Facchin expose jusqu'au 29 octobre ses oeuvres les plus récentes. Rencontre Il a laissé derrière lui les Dolomites, un monde de verticalité aux couleurs changeantes. Un jardin de pierres orange à l'heure du petit-déjeuner, qui virent au rose à celle de l'apéro.

18 sept. 2006, 12:00

Elio Facchin est arrivé à La Chaux-de-Fonds un jour de l'hiver 1967. «Je me souviens, j'avais mes petits souliers bleus.» Depuis, la nature colorée des paysages de son enfance a rattrapé le montagnard. Jaune tournesol, vert bouteille ou bleu profond, ses toiles ne sont qu'un tumulte frémissant d'éruptions de couleurs.

«Le jour où j'ai compris que je pouvais exposer des couleurs... ça m'a pris beaucoup de temps, confie le peintre. Il a d'abord fallu que je me débarrasse de la géométrie.» Sous son casque de boucles grises, le peintre, pudique derrière l'homme truculent, rechigne à parler de sa démarche artistique. L'exercice prend alors des allures d'autopsie. On évoque un chapelet d'organes visqueux. Elio Facchin peint «avec [ses] tripes, [ses] entrailles, [ses] viscères». Sans oublier «[ses] c...»

«La peinture, c'est comme l'amour et l'amitié, la peinture, c'est un grand merdier... Impossible de l'expliquer, concède-t-il enfin. C'est juste un moment de vérité.» Un bon moment. Rien à voir avec la méditation. L'artiste préfère parler d'ivresse. Celle de la liberté.

Sérigraphe d'art de formation, le graphiste chaux-de-fonnier confirme que les frontières sont parfois poreuses entre sa profession et sa production artistique. «Mon côté graphique est évident.» Mais des pinceaux et une toile, c'est plein de hasards magiques. «C'est une liberté totale. J'y tiens.»

Autodidacte, se défendant d'avoir jamais appartenu à un groupe, l'artiste n'a cessé d'épurer sa technique depuis sa première exposition au Club 44 de La Chaux-de-Fonds, en 1972. A la demande de la Fondation de l'Hôtel de ville du Landeron, il expose aujourd'hui une quarantaine d'acryliques: «Je me suis fait assez ch... avec l'huile». Des oeuvres réalisées ces deux dernières années. Sans titre. Parce qu'«on a déjà la chance de mettre des couleurs sur une toile, on ne va pas mettre des titres en plus», s'offusque-t-il, l'air navré.

«Le génie, je le laisse...»

Puis l'artiste à la parole aussi franche que sa palette fixe son attention sur une enveloppe fraîchement décachetée. La lettre d'un ami, transporté après sa visite de l'expo. «Ça me touche beaucoup», glisse-t-il, heureux, avant toute chose, d'avoir pu partager son enthousiasme. Pour le reste, «le génie, je le laisse aux autres. Le plaisir, je me le garde.» / syb

Exposition Elio Facchin, Fondation de l'Hôtel de ville du Landeron, jusqu'au 29 octobre

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