Un chef à qui l'histoire confère une personnalité hors du commun

Sir Neville Marriner est à l'origine de la révolution musicale des «baroqueux». Son exécution du «Messie» de Haendel, la création, en 1956, de l'Academy of St-Martin-in-the-fields, l'ont fait connaître dans le monde entier. Interview.

18 oct. 2010, 04:15

Sir Neville Marriner sera mercredi à La Chaux-de-Fonds avec l'Orchestre symphonique de Berne.

Il y a quarante ans vous avez dirigé l'Academy of St-Martin-in-the-fields à la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds. Vous souvenez-vous de ce concert?

Bien sûr, c'était lors d'une de mes premières tournées en Suisse. Je me souviens de l'enthousiasme du public

Nous nous réjouissons de vous retrouver dans cette même salle, mercredi prochain, à la tête de l'Orchestre symphonique de Berne. Avez-vous travaillé auparavant avec cet ensemble?

Je connais la ville de Berne et sa tradition musicale. Je sais que cet orchestre, plus que centenaire, a été dirigé par de grands chefs. Invités ou à demeure, ils ont consolidé la renommée de l'ensemble au-delà des frontières helvétiques. C'est la première fois que je rencontre ces excellents musiciens.

On a coutume de dire qu'après la mort de Purcell en 1695 jusqu'aux premières œuvres lyriques de Britten, vers 1946, l'Angleterre a traversé un long désert musical. Les partitions au programme, d'Edward Elgar, de Ralph Vaughan Williams, ne seraient-elles pas tout simplement méconnues?

Sachez que, pour moi, c'est également nouveau d'aborder la musique de cette époque. Non que j'aie méprisé ces compositeurs, mais à un certain moment de ma carrière, j'ai privilégié le répertoire baroque. J'ai abordé les classiques et romantiques avec les orchestres américains que j'ai dirigés à Los Angeles, dans le Minnesota ou encore à Stuttgart.

Comment ressentez-vous l'œuvre de Ralph Vaughan Williams?

Je peux vous assurer que Ralph Vaughan Williams (1872-1958) est le meilleur représentant de la musique anglaise. Il a été formé à l'école de son pays avant de découvrir l'œuvre wagnérienne à Bayreuth et de travailler avec Max Bruch à Berlin puis avec Ravel à Paris. Lorsqu'il est revenu en Grande-Bretagne, il a entrepris des recherches folkloriques et des études sur la musique anglaise ancienne. Cette démarche lui a permis de se soustraire à l'emprise germanique. La «London symphony» que vous entendrez est inspirée de l'activité de la city. C'est le reflet de sa vie, une pièce d'orchestre inhabituelle.

Quant à Edward Elgar (1857-1934) le violon a été son instrument. C'est un Anglais «pur-sang», un homme du 19e siècle. L'Introduction et allegro pour orchestre à cordes est une œuvre tout en finesse.

Connaissiez-vous le violoniste Boris Brovtsyn né à Moscou en 1977 qui interprétera mercredi le concerto pour violon de l'Américain Samuel Barber?

Premier prix du concours Tibor Varga en Suisse, je rencontre ce violoniste pour la première fois. Il a étudié à Moscou puis à Londres, il est l'invité des plus grands chefs. Rares sont les violonistes qui commencent une carrière avec le concerto de Barber à leur répertoire. Samuel Barber (1910-1981) est un néo-classique, sa réputation date de son Adagio pour cordes. C'est le plus joué des compositeurs américains. Le concerto pour violon a été composé en Suisse.

Puis le maître évoque son récent retour des Etats-Unis, une escale inoubliable la semaine passée en Turquie, sa présence à Paris... «toujours suivi de mes valises» ajoute-t-il avec humour. /DDC

La Chaux-de-Fonds, Salle de musique de L'Heure bleue, mercredi 20 otobre à 20h15