Steppe by steppe

01 mai 2009, 10:16

Alors qu'il était ingénieur radio pour la compagnie Aeroflot, le réalisateur kazakh Sergey Dvortsevoy a survolé à maintes reprises les steppes de son pays d'origine. Formé tardivement à l'école du documentaire, il leur a consacré dès 1996 plusieurs films remarqués qui ont fait le tour des festivals. Avec «Tulpan», primé à Cannes l'an passé, Dvortsevoy a réussi de main de maître son passage à la fiction, mais sans pour autant se départir de son goût pour le réel.

Après avoir accompli son service militaire en Russie, Asa revient sur son lieu de naissance, bien décidé à élever des moutons, dans une tradition nomade qu'il n'a guère connue. Pour espérer réaliser son rêve, le jeune homme doit absolument trouver une femme à marier, ce qui n'est pas aisé en ces contrées très peu habitées. Avec l'accord de la belle-famille, il jette son dévolu sur Tulpan («tulipe» en langue kazakhe). Las, la promise rejette sa demande, raillant les oreilles trop décollées de son prétendant, qu'elle compare à celles du prince Charles dont le portrait trône dans sa yourte.

Asa ne se décourage pas et s'efforce de conquérir quand bien même l'effrontée, tout en se persuadant de sa vocation de berger. A la longue, il épuisera son fantasme amoureux, mais réussira à aider à mettre bas une brebis malgré son inexpérience en la matière. A priori, la steppe kazakhe n'a rien de folichon: plate et désolée, elle n'offre guère de terrain favorable à la fiction, d'autant que le cinéaste a fait de Tulpan la grande absente, inaccessible à notre regard, comme elle l'est à celui de son courtisan énamouré. Avec la collaboration de la cheffe opératrice polonaise Jolanta Dylewska, qui maîtrise l'art du plan-séquence à la perfection, Dvortsevoy nous délivre pourtant une merveilleuse ode à la patience et à l'inconfort, vibrante d'humanité.

Tout en nous contant le déclin inéluctable des tribus nomades, l'ancien élève du VGIK de Moscou fait surgir du néant une myriade de microévénements qui contredisent par leur vitalité cette disparition pourtant annoncée. Telle cette scène inoubliable, renversante de virtuosité alors qu'elle procède de la réalité la plus brute, où l'on voit une chamelle désireuse de protéger son petit poursuivre avec véhémence le side-car du vétérinaire! A l'exemple de cette séquence, le réalisateur utilise en permanence l'humour pour éviter l'ornière contre-productive du témoignage édifiant… Remarquable!

Neuchâtel, Apollo 2; La Chaux-de-Fonds, Scala 3; 1h40

Steppe by steppe