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«Si je me laissais aller, je ferais des choses incompréhensibles»

Jeanne Waltz vient d'empocher le Prix du meilleur scénario aux Journées de Soleure, pour «Pas douce». Rencontre avec la cinéaste neuchâteloise, pour apprendre comment le temps a passé depuis le tournage de ce film sorti l'an dernier. «C'est la première fois que j'ai eu un peu l'impression d'appartenir au cinéma suisse, par le simple fait d'être là, parmi d'autres, à Soleure». Et cette présence aux Journées de Soleure a plutôt souri à Jeanne Waltz, cinéaste neuchâteloise qui a jeté l'ancre à Lisbonne. Mercredi dernier, elle est repartie de la petite cité avec le Prix du meilleur scénario pour «Pas douce», son deuxième long métrage tourné à La Chaux-de-Fonds avec Isild Le Besco. Une âpre histoire de «rédemption» sortie en mai 2007 sur les écrans romands, visible dans quelques mois outre-Sarine. Inutile de chercher d'autres lauréats romands cette année à Soleure, elle seule s'est vu décerner un Quartz, trophée tout doré et tout pailleté retouché car jugé trop phallique, et qui depuis fait le bonheur de son neveu à qui elle l'a cédé.

29 janv. 2008, 12:00

«J'espère que ce prix aura un peu de poids pour faciliter le financement du prochain film, mais je le prends surtout comme une marque de reconnaissance. Je ne suis pas déçue d'avoir eu ce prix-là, car l'écriture du scénario m'est plus difficile que la réalisation». Rencontrée samedi lors d'une halte à Neuchâtel, Jeanne Waltz ne dénigre pas son plaisir, tout en sachant raison garder: «A chaque film, il faut tout remettre en branle, on repart de zéro ou presque. Au Portugal, tourner devient plus difficile, il y a moins d'argent, donc moins de productions annuelles - pas très nombreuses auparavant. Les commissions qui accordent les subventions ne jugent pas seulement le scénario mais aussi le CV du cinéaste et même du producteur». Alors, pour ne pas perdre pied, elle dit qu'elle renonce à se projeter dans le futur, qu'elle tente de «se débrouiller aujourd'hui».

Aujourd'hui, Jeanne Waltz se consacre à l'écriture de deux nouveaux scénarios, des univers différents», l'un situé au Portugal l'autre en Suisse. Et comme elle aime aussi écrire pour les autres, elle vient de boucler une histoire pour le compte d'un cinéaste africain assez connu, mais dont elle préfère taire le nom. «Se couler dans le monde d'un autre offre une belle ouverture, pour peu que chacun ne travaille pas dans son coin».

Elle dit que sa nature la porte à la digression - «je suis très compliquée, si je me laissais aller, je ferais des choses incompréhensibles!» -, alors l'enjeu est ne pas se perdre en détours inutiles: «Chaque digression doit servir à faire avancer l'histoire. Mais je n'aime pas les films qui me donnent tout au bout de dix minutes, je préfère ne pas savoir où l'on veut m'emmener.»

Le temps file vite, Jeanne Waltz ne sait pas quand elle tournera son prochain long métrage. Pour conjurer l'angoisse et conserver intact son savoir-faire, elle a réalisé un court métrage après «Pas douce», présenté à Locarno l'an dernier. Le court non pas comme un pis-aller, mais comme «un pur bonheur». «Je suis une lente qui aime travailler vite! Le court permet de travailler intensivement avec une équipe et les relations n'ont pas le temps de se dégrader. Le court permet aussi des audaces de forme qu'on ne peut s'autoriser avec le long». Qu'a-t-elle donc tenté dans «Agora tu», l'histoire d'un homme qui vend sa maison? «Ce film dégage une certaine paix. Je dirais que, cette fois-ci, l'audace se situe dans le fond!» Jeanne Waltz sait aussi rire d'elle-même. /DBO

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