Votre publicité ici avec IMPACT_medias

Quand les animaux morts deviennent témoins du patrimoine vivant

D'un musée à l'autre, les institutions des Montagnes nous parlent de ce que le public ne voit pas, afin de baliser le chemin jusqu'à la Nuit des musées (17 et 18 mai). Place au Musée d'histoire naturelle, relais scientifique entre l'université et le public et archives du vivant. «Le musée est un endroit unique, c'est un espace basé sur l'objet réel: on peut se faire une idée de la taille, de la couleur, de l'allure d'animaux que l'on n'a jamais vus», s'enthousiasme Arnaud Maeder, en s'efforçant de définir les contours de son métier, forcément multiforme. Pour le conservateur du Musée d'histoire naturelle de La Chaux-de-Fonds, le musée est aussi un espace de liberté, qui propose au public une lecture d'un thème donné mais n'impose rien. «Le cheminement est offert, mais on est libre de commencer par la fin, de lire ou non les textes. Le musée est souvent pris pour un espace de vérité, mais ce n'est jamais que le point de vue d'une équipe, forcément subjectif.»

21 avr. 2008, 12:00

Si l'exposition est pour tous les musées l'arbre qui cache la forêt, c'est encore plus vrai pour les institutions consacrées à l'histoire naturelle. Le public croit souvent que l'on se contente d'y exposer diverses bêtes plus ou moins mitées et poussiéreuses. Mais derrière les expositions grouille une intense activité scientifique dans laquelle les collections jouent un rôle important.

«Le musée d'histoire naturelle est le support d'un paradoxe: il fait revivre des animaux morts, des animaux qui deviennent des témoins de notre patrimoine naturel.» C'est le rôle du musée en tant qu'archives du vivant. Arnaud Maeder sort des réserves un oiseau noir naturalisé, un huia dimorphe, explique-t-il, qu'on ne verra pas dans la nature parce qu'il a complètement disparu.

On estime à trois milliards le nombre d'animaux naturalisés dans le monde - vertébrés et invertébrés, séchés ou baignant dans l'alcool. Près de 80 000 d'entre eux sont à La Chaux-de-Fonds. Si de gros musées comme ceux de Londres ou de Genève ont voulu se montrer exhaustifs, les plus petits se spécialisent. Ici, on fait dans la faune régionale.

«Les musées servent aussi de référence si on croit avoir découvert une nouvelle espèce», explique Arnaud Maeder. Lorsqu'un spécimen d'une espèce connue est tellement atypique qu'on peut penser avoir affaire à une autre espèce, on regarde dans les collections des musées les spécimens répertoriés sous ce nom-là, si la divergence se vérifie. «Ensuite les collections permettent d'établir une carte de répartition. Si tout cela n'était pas archivé, on ne saurait pas où se trouve cette nouvelle espèce.»

Pour avoir de la valeur, tout spécimen doit être dûment étiqueté. «Le nom est en latin pour être compris au niveau international. On note aussi la date et le lieu, maintenant les coordonnées GPS. Cela permet de savoir où et à quelle époque une espèce est représentée». Chaque animal a son dossier informatique, plus complet. Une base de donnée à l'échelle mondiale est en train d'être développée, une vraie mine d'or pour les chercheurs. «Peu de scientifiques viennent travailler ici, parce que le contenu des collections n'est pas connu. Il faudrait publier davantage.»

Si le travail scientifique est moins développé à La Chaux-de-Fonds que dans des musées ayant de plus gros moyens, certains domaines sont mis en valeur en fonction des compétences à disposition, comme le travail avec les chauves-souris ou les oiseaux. Le Bois du Petit-Château et le vivarium apportent un complément intéressant, on y développe actuellement un centre de soins pour animaux sauvages. Par ailleurs, «il y a de fortes chances que quelques fourmis des bois atterrissent dans ce musée», sourit le conservateur en évoquant sa spécialité. /SAB

Votre publicité ici avec IMPACT_medias