Porteur et voltigeur, un même destin

Née de la rencontre de deux acrobates, la compagnie Un loup pour l'homme, du Pas-de-Calais, sera demain au TPR à La Chaux-de-Fonds. Elle y présentera «Appris par corps», un spectacle mêlant prouesses des portés acrobatiques et réflexion poétique sur l'altérité et la gémellité.
05 mai 2009, 10:08

Alexandre Fray et Frédéric Arsenault, respectivement porteur et voltigeur, sont presque aussi dépendants l'un de l'autre que ne l'étaient Castor et Pollux (on se rappelle que ce dernier a partagé son immortalité avec son jumeau mortel tué lors d'un combat). Et pourtant, aucun lien de sang ne les unit. Seule la passion de leur art et des parcours parallèles de part et d'autre de l'Atlantique ont fini, au gré des rencontres, par les rassembler en 2004.

Jeunesse sportive, école des arts du cirque en France pour Alexandre Fray et au Québec pour Frédéric Arsenault, formation aux portés acrobatiques, tout coïncide. En 2005, ils créent leur propre compagnie, Un loup pour l'homme. «Appris par corps» en est la première création, saluée avec enthousiasme par la critique. Leur choix de travailler en duo met ainsi en exergue la relation de dépendance qui, de fait, existe entre un porteur et son voltigeur.

Du coup, ils font de cette dernière le thème de leur spectacle. «Le duo nous permet à la fois de déconstruire les portés acrobatiques, de nous questionner sur leur signification et de réfléchir à la relation avec l'autre. Parfois un soutien, parfois un boulet, chacun est à tour de rôle jouet et ustensile de son partenaire. En fait, sur scène, on est très proche de notre relation réelle, on joue nos propres rôles. On s'appelle par nos prénoms», confie Alexandre Fray.

Oscillant entre force d'attraction et répulsion, douceur et violence, envie de se fondre dans l'autre et tentation d'échapper au lien quasi gémellaire qui les unit, les deux acrobates s'affrontent dans un combat éminemment physique dans lequel ils s'épuisent littéralement. Pour finalement constater qu'ils sont «attachés» l'un à l'autre, au sens propre et figuré du terme. A l'instar des jumeaux de Michel Tournier dans «Les météores», œuvre à laquelle le spectacle se réfère.

Audacieux et d'une grande inventivité, «Appris par corps» s'émancipe des techniques circassiennes pures et dures. Les deux compères ont développé une vision élargie de la technique du main à main, sur laquelle vient se greffer des emprunts à la danse, au théâtre et au hip-hop. Le résultat est un langage corporel d'une grande richesse, où la virtuosité acrobatique et la performance physique sont contrebalancées par un sens artistique certain. «Nous voulions dépasser l'art du divertissement et de la diversion propre au cirque pour réaliser quelque chose de plus sensible, de plus expressif, où l'humain est au centre.» D'où le recours à un metteur en scène, Arnaud Anckaert, et non à un chorégraphe, comme on aurait pu s'y attendre.

L'ensemble se conjugue dans un heureux mélange des genres. Par rapport à d'autres disciplines déjà plus explorées, le cirque a l'avantage de disposer d'un important champ de possibles. «Il y a une très grande liberté, tout est à inventer», s'enthousiasme celui dont les pieds sont bien ancrés dans le sol pour assurer les exercices de voltige de son partenaire. A n'en pas douter, Alexandre Fray et Frédéric Arsenault ont encore quelques idées, quelque part entre ciel et terre, qui finiront bien par atterrir... /CGR

La Chaux-de-Fonds, Théâtre populaire romand, mercredi 6 mai à 20h30