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Plongée dans le monde des toxicos

Certains volaient, d'autres dealaient. Ou travaillaient. Cinq héroïnomanes repentis comparaissaient jeudi au Tribunal correctionnel Belle brochette de toxicomanes repentis, jeudi dernier, au Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds. A la barre, ils étaient cinq, prévenus d'acquisition et de revente d'héroïne. Tous coupables, tous différents. Tous sevrés en prison. «Accident de parcours ou récidivistes, que faire d'eux?», s'interrogeait Nicolas Aubert, substitut du procureur. Pour leur défense, il relevait un «élément fondamental: aucun n'a trafiqué pour s'enrichir, leur but était d'assouvir leur dépendance».

29 avr. 2006, 12:00

D'un côté, Bruno* et Gilles*, deux jeunes Français «exemplaires». «Un cas rarissime, a relevé Nicolas Aubert. Malgré leur toxicomanie avérée, eux ont toujours travaillé, pendant que d'autres volaient ou dealaient.» D'autres, ce sont Léa*, Farouk* et Florence*. Tous trois ont déjà été condamnés. «Une récurrence absolument stupéfiante», notera Nicolas Aubert à l'encontre de Farouk, qualifié de «polydélinquant». Comme Léa, sa petite amie assise à ses côtés, ce Maghrébin vient de purger sept mois et demi de détention préventive.

«On est tout content de s'être fait arrêter. On y aurait laissé notre peau»

Accro à l'héroïne, Léa était en outre sous la coupe de son fiancé. Tous deux au bénéfice de l'aide sociale, ils arrondissaient leurs fins de mois en délestant des particuliers de leur porte-monnaie. A tout juste 23 ans, Léa a déjà été condamnée à cinq reprises. La révocation d'un sursis de six mois de prison lui pend au nez.

Au bout du banc, il y a Florence, pensionnée AI, quadragénaire, déjà condamnée sept fois, dont quatre pour infraction à la loi sur les stupéfiants. Une enfance atroce, ponctuée par un viol et l'assassinat de sa mère par son violeur, sous ses yeux. «Le premier contact de Florence avec l'héroïne remonte à ses... 9 ans», dévoile Nicolas Aubert. Plongée vertigineuse dans le monde des toxicos. «Tous les matins, on se lève malade. On est tout content de s'être fait arrêter. C'est une chance pour nous. On y aurait laissé notre peau.»

Qui? Quand? Et surtout combien? Aucun d'entre eux n'a tenu de comptabilité, on s'en doute. La drogue saisie présentait un taux de pureté de 10,9 pour cent. Douze grammes d'héroïne pure constituent un cas grave, à partir duquel le tribunal doit prononcer une peine d'au moins 12 mois d'emprisonnement. Seul Bruno, qui partageait sa consommation avec Gilles, atteint ce triste record. Même s'il n'a jamais pratiqué la vente au paquet, à l'instar de Farouk. «Laissez-moi une dernière chance!», ont prié les prévenus, à l'exception des Français, qui, eux, briguaient «une première chance». Amis d'enfance, ils pensaient ne tremper que leur petit doigt dans l'héroïne. Ils y ont plongé jusqu'au cou. Ensemble, ils remontent la pente. «Nous avons la chance d'avoir un travail. C'est la meilleure des drogues pour s'en sortir.»

Retenant «leur attitude responsable» et l'absence d'antécédents, le tribunal les a condamnés à 14 et 8 mois de prison avec sursis. Farouk, condamné à 16 mois d'emprisonnement et cinq ans d'expulsion du territoire, bénéficie également d'un sursis. Seules les deux femmes écopent d'une peine ferme. Douze mois pour Léa, ainsi que la révocation de son sursis. Et six mois pour Florence. Toutes deux, encore fragiles, voient leur peine suspendue au profit d'une mesure de traitement. / SYB

* Prénoms fictifs

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