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Père incestueux démasqué

Usant de son droit de visite, un père abusait de sa fille, la terrorisant afin de s'assurer son silence. Un comportement odieusement banalisé par le prévenu. Il a été condamné à trois ans ferme «A7 ou 8 ans, on m'a violée. C'était mon père.» Dans un journal intime, une écriture encore enfantine révèle l'indicible. Linda* a 13 ans lorsqu'elle se libère enfin de ce poids monstrueux. Son ami la pousse à se confier. Sa maman avertie, la machine judiciaire se met en route, malgré les appréhensions de l'adolescente. «Je voulais oublier, cicatriser.»

18 sept. 2006, 12:00
«On était à la maison, en famille... Je trouvais ça normal»

Hier, l'assemblée présente au Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds était sous le choc. Celui des mots d'une enfant dont la voix s'échappait de derrière une porte laissée entrouverte. Si Linda ne veut plus voir son père, elle a trouvé le courage de venir témoigner. «Que justice soit faite!, a-t-elle murmuré. Qu'il admette la vérité!»

L'ignoble vérité, le prévenu, Armando*, n'a pas pu l'avouer, à commencer, peut-être, à lui-même. Il admet «les frottements» de son sexe nu sur celui de sa petite fille. Mais conteste toute pénétration. Une affaire de centimètres. Un ou deux centimètres qui font la différence dans un tribunal. Le président Alain Ribaux a eu la délicate tâche de distinguer les actes d'ordre sexuel incestueux du viol. «Même si, au niveau des faits, on peut estimer que c'est ignoble, dégueulasse...»

«Quand je la voyais nue, ça me donnait envie de faire ça», a raconté Armando en reniflant. Entendu par les policiers, il a reconnu avoir exercé une pression sur l'enfant pour qu'elle ne divulgue pas ce qui se passait. Immonde et classique. «Papa ira en prison» ou encore «Je vous tuerai, maman et toi». En 1999, Linda a 7 ans et rend fréquemment visite à son père, séparé de sa mère.

«Ma fille savait ce qu'elle faisait. Elle venait pour ça, en sachant ce qui allait se passer.», osera même prétendre Armando, ajoutant: «On était à la maison et en famille. Je trouvais ça normal.»

«L'homme n'est pas toujours charitable avec sa descendance», constatera amèrement Nicolas Aubert, substitut du procureur. C'est un fait. Incestueux, le détenteur de l'autorité dans le ménage était en outre un véritable tyran. Et d'énumérer les coups de ceinture donnés sans raison - «C'est pour la prochaine fois...» -, la tête de sa fille plongée dans son assiette, la brûlure de cigarette sous l'oeil de la mère... La lecture des faits donne la nausée. Dans l'assemblée, le coeur au bord des lèvres, on fronce le sourcil, on soupire, on frémit. Gros malaise dans la salle.

Avec beaucoup de tact, le substitut du procureur tentera d'aider Armando à soulager sa conscience. Sachant que ses aveux complets auraient été déterminants pour l'avenir de Linda. En vain. Faisant fi des difficultés à se reconstruire de son enfant, Armando a persisté à nier. «Elle a été trop loin. Je ne l'ai pas pénétrée. Nous avons eu encore de belles années après les abus. Ça doit être une vengeance.»

Abasourdi par «ce dossier affreux», le tribunal a estimé qu'il n'y avait aucune raison de ne pas croire l'enfant. «Pénétration, il y a bel et bien eu.» Quelle que soit son intensité. Retenant la diminution de responsabilité, le tribunal a condamné le père indigne à trois ans de prison ferme, assortis de la poursuite d'un traitement «indispensable» et du versement à sa fille de 15.000 francs pour tort moral, aggravé par ses dénis. Pour Linda, seule importait la vérité. Si Armando l'en a privée, la justice, elle, l'a entendue. / SYB

* Prénoms fictifs

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