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Pavane à la Doulce Mémoire du Roy Henry le Grand

26 avr. 2011, 07:50

D'habiles bateleurs feront sonner bombardes, doulçaines et sacquebutes vendredi au temple Farel à La Chaux-de-Fonds. Le majestueux «Requiem des rois de France», d'Eustache Du Caurroy (1549-1609), sera donné avec toute la pompe réservée aux obsèques royales sous l'Ancien Régime par l'ensemble Doulce Mémoire. Les sept musiciens et cinq chanteurs de cette formation de Touraine sont à l'image de restaurateurs de tableaux anciens. En spécialistes du répertoire Renaissance, ils réinventent le timbre coloré d'œuvres qui n'ont plus été entendues depuis 400 ans. Entretien avec le flûtiste et musicologue passionné Denis Raisin Dadre, Lyonnais de 53 ans, à l'origine de la belle aventure de Doulce Mémoire, dont il est le directeur artistique.

Ce Requiem des rois est un peu votre marque de fabrique. Nostalgie de la monarchie?

Nullement! Mes aïeux, les Raisin, étaient des Valaisans protestants. Avec Doulce Mémoire, nous passons de la ferveur mystique de cette messe des morts à la gaudriole d'une pièce inspirée de Rabelais, «La Dive bouteille». A chaque fois, il ne s'agit pas de concerts, mais de spectacles replacés dans leur contexte historique.

... un spectacle? Pour une messe funèbre?

Cette œuvre ne peut se comprendre sans évoquer toutes les cérémonies qui accompagnaient la sépulture d'un roi de France. Pour Henri IV, dès le lendemain de son assassinat, le 14 mai 1610, ce ne fut que processions et messes de recueillement durant un mois et demi. Une ferveur incroyable saisit la France entière.

Cela rappelle les grand-messes médiatiques orchestrées pour l'enterrement de la princesse Diana, sans parler du mariage de Kate et William, ce vendredi. Comment expliquer cette ferveur à notre époque?

Difficile à dire. C'est une fascination qui se joue du temps et des systèmes politiques. J'ai monté ce Requiem dans la semaine qui a suivi la mort de la princesse Diana. Derrière l'apparat des cérémonies officielles, totalement organisées par le pouvoir, on décèle, dans les deux cas une profonde émotion populaire. Comme Lady Di, Henri IV fut beaucoup pleuré.

Pourtant, aucun document d'archive n'atteste que le Requiem des rois fut bel et bien jouée à ses funérailles?

C'est vrai. Les chroniqueurs de l'époque commentaient dans une profusion de détails la longueur de la traîne d'une duchesse et autre question de préséance, mais pas un mot sur le compositeur. Toutefois, par recoupements historiques, on est presque sûr que c'est la messe de Du Caurroy qui a été choisie.

Au plan musical, quel est l'intérêt de cette œuvre?

Du Caurroy est le dernier maître de la polyphonie de la Renaissance; son œuvre est l'ultime flamboiement de l'école du 16e siècle, ensuite on tourne la page. On a fait beaucoup de requiem depuis, mais le sien surpasse tous les autres. D'ailleurs, cette messe a été reprise tout au long de l'Ancien Régime à la mort de chaque roi. Chose incroyable à une époque où on ne s'intéressait qu'à la musique contemporaine.

Avant le Requiem, vous interprétez des psaumes d'un compositeur réformé, Claude Goudimel. Pas très catholique cela?

C'est la liberté de l'artiste de ne pas être dans la reconstitution historique. J'ai choisi de rappeler ainsi l'appartenance d'Henri IV au culte réformé avant qu'il ne l'abjure.

Et la musique contemporaine, elle ne vous intéresse guère?

Mais on fait de la musique contemporaine en jouant ce Requiem, inédit depuis plus trois siècles!

La Chaux-de-Fonds: Temple Farel, 29 avril, 20h15; causerie du compositeur François Cattin à 19h30. Dernier concert de la saison de la Société de musique, www.musiquecdf.ch, réservations à L'Heure bleue et au théâtre du Passage.

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