Paroles acidulées au crépuscule de la vie

02 mai 2009, 08:42

«J'ai l'air d'être un vase de cristal autour duquel on tourne... mais de très loin pour ne pas le briser!». Captée dans un home, la phrase est consignée dans «Oui, je sais qu'un bonhomme a marché sur la lune, mais c'est quand même très vague», un livre d'entretiens recueillis par Francine del Coso, journaliste, et Catherine Meyer, photographe.

En 2007, le duo a réalisé un documentaire, sans pathos ni distance clinique, tourné dans ce même home Salem, à Saint-Légier. Immersion sensible dans la vieillesse, «Les fleurs vues de dessus» se cristallisaient autour de neuf pensionnaires et de leurs paroles, pour finalement dessiner les contours d'existences uniques, de personnalités singulières au caractère parfois bien trempé. Le matériau récolté pour la fabrication du film s'est avéré conséquent. «Au départ, nous n'avions pas du tout envisagé de faire un livre; cela nous aurait trop embouteillé la tête!», raconte Catherine Meyer. L'idée a suivi son chemin après que le directeur du home Olivier Schnegg, commanditaire du film, eut suggéré de retranscrire l'ensemble des entretiens enregistrés. Travaillant de concert, le duo a repris ceux du film, en a transcrit d'autres, en élargissant, aussi, le cercle des pensionnaires. «Nous avions dû faire des choix douloureux pour le film. Dans ces pages, certains «oubliés» sont remis en valeur».

Exergues, photos pleine page, présentation succincte de chaque interlocutrice (les femmes sont largement majoritaires) rythment l'ouvrage confié au graphiste chaux-de-fonnier Samuel Perroud. «Nous avions envie d'en faire un véritable objet». Et c'en est un, dont on aime la texture et ces phrases «apéritives» que l'on peut grappiller ou dont on peut prolonger la saveur en goûtant tout l'entretien. «Moins directif que le film, le livre laisse une plus grande place à l'imaginaire du lecteur, à ses projections sur sa propre vieillesse. Le film est comme un ruisseau, le livre comme un bord de mer», image Francine del Coso.

Pour les auteures, tous ces propos ont une voix, avec ses inflexions, ses couleurs, ses hésitations. Comment passer de l'oral à l'écrit? «Les premières transcriptions étaient très brutes, à la façon de Depardon. Mais on s'est aperçu que c'était illisible!». Disséquant ces phrases jusqu'à la moindre virgule, le duo a réussi à les rendre fluides sans dénaturer le langage propre à chaque interlocutrice. «Ces personnes nous ont touchées», dit Francine del Coso «Aujourd'hui, on dit au lecteur: regardez, lisez, faites-vous votre propre idée!». /dbo

«Oui, je sais qu'un bonhomme a marché sur la lune...», livré avec le DVD du film, Francine del Coso et Catherine Meyer, éd. d'en bas. Dédicace à La Méridienne, aujourd'hui à La Chaux-de-Fonds, de 11h à 13h

Paroles acidulées au crépuscule de la vie