Votre publicité ici avec IMPACT_medias

«Nous avons été les jouets d'une politique visant à gagner du temps»

Le metteur en scène Benjamin Knobil désire provoquer un débat sur la politique culturelle du canton de Neuchâtel. Il rend public son dossier de candidature comme directeur du Théâtre populaire romand (TPR). Le metteur en scène Benjamin Knobil a choisi de mettre en ligne sur son site internet sa postulation au Théâtre populaire romand (TPR) en apprenant que la perspective d'un Centre dramatique régional (CDR) était relancée. Il veut ainsi provoquer le débat et inciter d'autres candidats éconduits à en faire de même pour montrer l'engagement qu'un tel dossier nécessite. Rencontre à Lausanne.

22 oct. 2007, 12:00

Comment vous sentez-vous après avoir reçu une lettre type vous indiquant que votre candidature ne serait pas retenue?

Cela ne me pose aucun problème de ne pas accéder à ce poste. J'ai du travail qui m'attend avec ma compagnie, comme comédien, et comme enseignant. Mes filles ont bondi de joie à l'idée de rester dans le canton de Vaud. Toutefois, comme les autres postulants, j'ai pris du temps pour préparer ma candidature et pour me documenter sur la vie culturelle à La Chaux-de-Fonds. En montrant mon dossier, je vise une démarche citoyenne et transparente. Le public contribue par l'impôt à financer le TPR; le choix d'un directeur oriente la nature et la qualité des spectacles que l'on peut voir pendant une période de cinq à sept ans.

Le dossier du CDR ne figurait pas dans le cahier des charges de la fonction à laquelle vous avez postulé?

Evidemment non; je pensais ce projet caduc. J'ai réagi parce que mon sentiment est que l'issue de ce concours ne dépendait pas de la qualité des postulants et que nous avons été les jouets d'une politique indéfinie qui cherchait à gagner du temps. Un débat de fond sur une politique culturelle est escamoté. Par exemple: le TPR doit-il disparaître? Pourquoi faut-il un CDR? Le poste de directeur du CDR doit-il être mis au concours? Est-il possible ou souhaitable pour un créateur de gérer quatre lieux et une école en trois villes? Faut-il alors un profil d'administrateur et de gestionnaire comme à Vidy? Ce sont des questions intéressantes.

Qu'est-ce qui vous attirait au TPR et à La Chaux-de-Fonds?

J'ai toujours été impressionné par la chaleur et la curiosité du public. C'est une ville surprenante, prête aux expérimentations artistiques pointues. L'attrait des gens pour la musique contemporaine en est une illustration admirable. Le TPR est un atout emblématique pour la promotion et le rayonnement de La Chaux-de-Fonds, complémentaire et différent à l'offre du théâtre du Passage. C'est une maison inscrite dans un terroir original avec une vocation populaire. L'école de théâtre renforce aussi ce lien. Pour moi, l'esprit originel du TPR est d'être un théâtre local mais sans frontières, en un mot, un théâtre pour tous.

Votre projet comprenait aussi une forte dimension sociale; cela vous paraît-il nécessaire comme créateur et programmateur aujourd'hui?

A l'heure du DVD et du divertissement privé, le théâtre se doit plus que jamais d'être un lieu de débats vifs qui crée du lien social grâce au plaisir d'un spectacle. Mais on n'entend pas assez que la création permet des retombées économiques directes et indirectes fortes pour une région. La culture est un produit d'appel pour des investisseurs, les salariés alimentent les caisses sociales et les impôts, les entreprises locales profitent des besoins d'un théâtre, qu'elles soient de menuisiers ou de restaurateurs.

Sur quels critères programme-t-on une saison de théâtre aujourd'hui?

Programmer est un acte de pédagogie et de partage, c'est proposer des formes singulières et instiller de nouveaux désirs et plaisirs. C'est aussi gérer un budget et proposer des tarifs accessibles à tous. Aujourd'hui, il faut avoir une ambition artistique forte qui tienne compte du politique, de l'économie et de la diversité du public. C'est par exemple dans la même saison proposer une production avec Jeanne Moreau et une pièce de Heiner Goebbels, ou présenter «L'oiseau bleu» de Maurice Maeterlinck, ?uvre familiale et peu jouée qui serait splendide à L'Heure bleue. / ACA

Votre publicité ici avec IMPACT_medias