Michel Herbelin, le dernier horloger français, se met durablement au sport

05 avr. 2008, 12:00

Michel Herbelin. Peut-être la seule véritable marque horlogère française, si l'on considère que Dior ou Cartier, pour ne citer qu'elles, sont davantage des montres... suisses. Une exclusivité nationale que l'horloger du Haut-Doubs cultive avec mesure.

«Lorsque je suis entré dans le métier, il y a quarante ans, il existait plus de 1000 marques de montres en Suisse et quelque 360 en France. Aujourd'hui, nous sommes les derniers. Etre le seul, c'est peut-être un argument commercial en France, mais pas beaucoup ailleurs», remarque posément Jean-Claude Herbelin, fils de Michel, le fondateur de la marque créée il y a un peu plus de soixante ans.

Avec des débouchés principalement européens, Michel Herbelin ne craint ni ne ressent actuellement les conséquences de la crise financière américaine. «Nous ne sommes pas particulièrement implantés en Amérique du Nord. De plus, nous bénéficions d'une très bonne image chez nos clients français et allemands, un marché très exigeant. Une preuve de notre niveau de qualité.»

La revalorisation annoncée du Swiss made n'inquiète pas davantage l'horloger installé à Charquemont, à une vingtaine de kilomètres de La Chaux-de-Fonds. «Au contraire, à considérer la proportion des composants dans nos montres, nous sommes presque plus suisses que français», glisse Jean-Claude Herbelin. Lequel défend donc un renforcement des règles plutôt qu'une extrême libéralisation. Dans ce cas, pourquoi demeurer français? «Un jour, nous serons probablement obligés de choisir notre camp, comme d'autres l'ont déjà fait.»

La marque a ses habitudes à Bâle, mais ce n'est pas là qu'elle écoule la majorité des 100 000 montres produites chaque année, confie Jean-Claude Herbelin. «C'est l'occasion pour nous de connaître les réactions sur nos nouveaux produits et de rencontrer la plupart de nos clients.» Une clientèle qui apprécie Michel Herbelin notamment pour son indépendance.

«Pas mal de nos détaillantsen ont marre de la pression qu'exercent les grandes marques. Et nous, nous ne leur tordons pas le bras dans le dos pour avoir nos commandes dans l'année. Nous voudrions exercer une telle pression que nous ne le pourrions pas. Nous manquons de puissance, mais nous n'en avons finalement pas besoin tant que nous avons une bonne base de clients qui nous soutient.»

A Bâle, Michel Herbelin présente cette année sa nouvelle ligne de chronos Newport Trophy. Boîtier acier massif, étanche à 300 mètres, fond vissé, verre saphir inrayable, remontoir et poussoirs vissés. La première version a été présentée l'année dernière avant d'être retravaillée. Le sport, un créneau que l'horloger français va désormais investir durablement. / djy