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Mariez-vous, qu'ils disaient

Pour son premier long métrage de fiction, le cinéaste suisse Jean-Stéphane Bron réussit un film de famille d'un genre inédit. Grandes vérités et petits mensonges...

06 oct. 2006, 12:00

Après l'immense succès de «Mais Im Bundeshuus», vous passez à la fiction avec «Mon frère se marie». Est-ce un changement radical?

Jean-Stéphane Bron: Je n'ai pas eu l'impression d'une rupture, plutôt d'un glissement. Dans mes documentaires, j'ai toujours essayé d'observer pour raconter La différence, c'est que je suis parti pour la première fois d'une histoire qui était la mienne, car il se trouve que j'ai un frère vietnamien et des parents qui se sont divorcé. A partir de là, tout est invention, même s'il s'agit de choses que j'ai personnellement ressenties, ce n'est pas du tout un film à la première personne!

Le mensonge est un élément troublant des grandes comédies que l'on ose trop rarement dans les films suisses

J.S.B.: Oui, c'est un trouble que j'ai vraiment cherché à obtenir. Chacun se compose une image en espérant qu'elle va tenir, à l'exception du personnage du fils adoptif qui est joué par le seul «non acteur» du casting. C'est pour cette raison que j'ai donné ce rôle à quelqu'un qui a réellement vécu ce qu'il raconte dans le film. La mère biologique de Vinh a un statut plus ambigu. Peut-être qu'elle se doute de quelque chose, peut-être qu'elle a compris la supercherie depuis le début Le spectateur en sait plus qu'elle, il entre donc forcément en empathie avec elle. Il a envie de l'aider!

Jean-Luc Bideau, qui interprète le rôle du père, joue dans un registre très peu volubile, inconnu du grand public. Comment l'avez-vous dirigé?

J.S.B.: J'ai voulu que tous les acteurs jouent leurs personnages de manière très physique. Jean-Luc Bideau a trouvé très vite comment interpréter cet homme meurtri qui joue sur ses phrases. Après, je lui ai enlevé peu à peu tous ses mots, pour lui donner toute sa présence. Bideau, c'est un type qui a une présence incroyable. Quand il la cache justement derrière le verbe, on oublie un peu son corps, alors que c'est un homme qui a un corps absolument incroyable, d'une grande beauté!

Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir Aurore Clément pour le rôle de la mère?

J.S.B.: Je l'ai choisie parce qu'elle est une grande actrice, mais aussi parce que je trouvais très difficile d'avoir une comédienne qui n'était pas estampillée «cinéma français». Les acteurs connus portent un peu tous les rôles qu'ils ont joués avant Aurore Clément, elle a un côté de nulle part, elle appartient au cinéma Tu sais que tu l'as déjà vue, mais tu ne peux dire dans quel film!

Jean Renoir disait qu'un bon cinéaste devait absolument donner sa chance à chaque personnage. J'ai eu ce sentiment en voyant votre film

J.S.B.: J'en suis vraiment très heureux! Cette phrase de Jean Renoir a la plus grande importance pour moi. Elle est le cinéma même A la fin de mon film, tous les personnages s'en sortent. Bien sûr, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer après Mais ça s'est réchauffé entre eux. Chacun s'est un peu libéré, a avancé un petit bout. Ils ont vécu quelque chose ensemble. Même s'ils se retrouvent seuls, ils repartent un peu moins cabossés, apaisés Presque un happy end! / VAD

Neuchâtel, Studio; La Chaux-de-Fonds, Scala 2; 1h35

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