Liliana Lazar, coup de foudre pour la langue française

Lauréate 2010 du Prix des cinq continents de la francophonie pour son premier roman, Liliana Lazar sera ce soir au Club 44 à La Chaux-de-Fonds. L'occasion de découvrir ce prix et cette auteure d'origine roumaine tombée amoureuse de la langue française.

21 oct. 2010, 10:40

«Symboliquement, c'est très important de recevoir ce prix, en tant que Roumaine», réagit Liliana Lazar. Installée en France depuis 1996, l'auteure a remporté avec son premier roman, «Terre des affranchis», le Prix des cinq continents de la francophonie de 2010 (lire ci-contre). Avant de recevoir son prix demain à Montreux dans le cadre du 13e Sommet de la francophonie, Liliana Lazar fera halte ce soir au Club 44, à La Chaux-de-Fonds. Elle sera accompagnée de quelques membres du jury qui attribue ce prix pour un débat sur les critères qui guident un tel jury littéraire.

«J'ai bâti ma culture littéraire sur les auteurs français», raconte la lauréate, née en 1972 en Moldavie roumaine. «C'est un amour de jeunesse qui s'est prolongé. J'ai fait des études en littérature française à l'université. Je n'avais jamais pensé quitter la Roumanie. Mais à la fin de mes études, j'ai rencontré un étudiant français. Il visitait le pays et nous étions sa famille d'accueil...» Une «histoire d'amour» qui amène Liliana Lazar à s'installer dans le sud de la France, où elle vit depuis 14 ans.

La langue française «s'est imposée d'elle-même, naturellement» pour son premier roman. «Peut-être que j'avais besoin de prendre de la distance par rapport au sujet», ajoute Liliana Lazar. L'action se déroule en Roumanie, dans un décor de sa jeunesse, la forêt de Slobozia, et pendant une période qu'elle a connue, celle de Ceaucescu. «Mais ce n'est pas du tout autobiographique», précise l'auteure, «même si j'ai puisé dans mes souvenirs».

«C'est un fait divers qui est à l'origine du roman», explique Liliana Lazar. «L'histoire d'un déserteur ukrainien qui était resté caché dans sa maison pendant 60 ans pour attendre la fin de la guerre.» Dans «Terre des affranchis», c'est Victor Luca qui doit vivre reclus à cause d'un crime qu'il a commis... ce qui l'amène à devenir copiste afin de sauver les écrits des saints, interdits sous Ceaucescu. Le roman est imprégné de l'ambiance grisâtre et pesante de cette période communiste qui a marqué Liliana Lazar: «Les gens ne souriaient pas, ils ne portaient pas d'habits de couleur. C'était une société en noir et blanc.»

Le jury a été séduit par «l'originalité du thème» du roman de Liliana Lazar. «Elle a créé un univers un peu fantastique, très singulier», poursuit Pascale Kramer, écrivaine suisse et membre de ce jury international. Même si l'histoire se déroule dans la Roumanie de l'avant et de l'après Ceaucescu, «la politique reste sous-jacente», analyse Pascale Kramer. «C'est un roman amoral, sans rédemption, qui va jusqu'au bout de son propos et dont la construction est très ambitieuse», souligne la jurée avec enthousiasme. /ANC

La Chaux-de-Fonds, Club 44, débat ce soir à 20h15