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Les petits cinémas ne sont pas moribonds

Les cinémas ne fleurissent pas que dans les villes. Dans le Jura bernois, ils ont le vent en poupe et font figure de ciment social autant que de lieux de découvertes. Quelle est la recette de leur succès?

26 nov. 2009, 11:33

Le phénomène des petites salles de cinéma en Suisse romande est bien réel. Dans le Jura bernois, il n'y a pas moins de six écrans pour 51 500 habitants et 49 villages. «Je pense que c'est un phénomène positif. Ces petites salles sont fondamentales en terme de paix sociale. Il est important de garder ces lieux de ralliement», estime le Neuchâtelois Vincent Adatte, journaliste cinématographique suisse, scénariste, codirecteur de «La Lanterne Magique» et coresponsable du journal thématique «Passion Cinéma».

Tramelan, La Neuveville, Moutier, Tavannes, Bévilard et Saint-Imier possèdent une salle de cinéma. Mais ce qui les distingue particulièrement des salles des grandes villes, ce sont leurs statuts. Leurs écrans sont gérés par des associations à but non lucratif, cette particularité explique peut-être leur succès.

Tramelan

A Tramelan, pour 160 sièges, on compte environ 20 000 entrées par année, des chiffres remarquables pour une salle de cette envergure. «Nous sommes 60 personnes à travailler au sein de l'association Le Cinématographe, donc cela représente 60 antennes de diffusion! Mais notre succès s'explique aussi par l'ambiance, les prix d'entrée et le fait que nous n'ayons pas de salariés», avance Daniel Chaignat, responsable du Cinématographe à Tramelan.

Tavannes

A Tavannes, l'association du Cinéma Royal fête ses dix ans. La salle, située au cœur du village, compte 88 sièges. Quelque 10 000 spectateurs assistent aux 360 projections organisées chaque année. Preuve du succès de ces deux petites salles: toutes deux ont récemment bénéficié de travaux de rénovations importants.

La Neuveville

Le cinéma de La Neuveville a lui aussi connu un nouvel essor à la fin des années 1990. Alors menacée de disparition, la salle de 180 places a été sauvée grâce à l'association du Cinéma fondée pour l'occasion. Les responsables de l'association ne partagent toutefois pas l'optimisme de leurs collègues tramelots et tavannois, comme le confirme Jean Stöpfer, président du Ciné2520: «Depuis un an, nous enregistrons une baisse de fréquentation, mais les raisons sont complexes. Outre le facteur «home cinéma», aujourd'hui les jeunes téléchargent facilement les films qu'ils ont envie de voir.» La Neuveville souffre-t-elle également de sa situation en périphérie de Neuchâtel et de Bienne?

La difficulté de renouveler le public n'est pas le seul obstacle auquel les salles villageoises seront confrontées ces prochaines années: l'émergence du numérique (qui représente des investissements énormes) pourrait en effet sonner le glas des cinémas régionaux. «Nous ne possédons pas de chiffres officiels, mais nous évaluons à 200 les écrans qui risquent d'être touchés dans toute la Suisse. Je doute que ces petits lieux aient les reins assez solides pour suivre le mouvement», indique Vincent Adatte. «Passer au numérique représente un investissement d'environ 200 000 francs par salle, sans compter la maintenance.» La disparition des traditionnelles bobines de films implique, en effet, un renouvellement total des infrastructures des cinémas, qui devront se doter d'un projecteur numérique spécial - et non du conventionnel 35 mm - pour se mettre au diapason de ce développement mondial.

Si aux Breuleux et au Noirmont, la question du numérique n'est effectivement pas encore réglée, dans le Jura bernois, les associations ont d'ores et déjà réfléchi à ce problème. «Cette révolution technologique ne nous fait pas peur. Comme nous sommes une association à but non lucratif, nous allons déposer une demande de subvention auprès du Conseil du Jura bernois, afin que cette instance politique nous aide financièrement», révèle Daniel Chaignat. Selon Vincent Adatte, les petites salles ne manquent pas d'atouts pour assurer leur pérennité: «Les salles multiplexes des grandes villes rencontreront à l'avenir sans doute plus de difficultés que les cinémas régionaux. Leur force réside dans leur caractère associatif et leur dynamisme.»

Le véritable rôle social de ces lieux de projection conviviaux reste primordial dans les régions périphériques, dont les habitants se mobilisent volontiers pour sauver «leur» salle, que ce soit en participant activement à la programmation ou s'investissant au sein des associations concernées. Se faire une toile prend alors une dimension carrément sociale. /MLP

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