Le théâtre jusqu'à l'épuisement

La compagnie L'Outil de la ressemblance réunit actuellement une vingtaine de comédiens, amateurs et professionnels. Ils cohabitent fort habilement à l'Ancien Stand à La Chaux-de-Fonds. Lundi ils ont créé «Hamione», de Robert Sandoz, mardi «Fred ou l'amour de Matt Amour», de Theo Huguenin-Elie.

27 janv. 2006, 12:00

«Hamione» est une histoire, à seize personnages, ancestrale comme celle d'Abel et de Caïn. Perçue «aux temps modernes de l'Apocalypse», elle conte les blessures de l'être et constitue la plus intime des chroniques familiales. Y a-t-il une relation possible entre les grandes idées et la violence du monde contemporain? La pièce est tout le contraire du petit théâtre de consommation anodin. Le propos continue de vous habiter longtemps après la représentation.

On butte néanmoins sur quelques clichés et la séquence du poète autour du feu de camp, comme chez les scouts, semble parachutée, elle n'ajoute rien à la pièce qu'elle rallonge inopinément. Yves Houriet et Florian Lavoyer jouent les fils, Christiane Margraitner est la mère, Jean-Marie Fauché, Phénix le père.

«Fred ou l'amour de Matt Amour», rattachée à la tragédie grecque, à Shakespeare et à Olivier Py où sexe et homosexualité sont continuellement en jeu, appartient à une catégorie à haut risque. Le spectateur est accueilli par deux androgynes susurrant à l'oreille des indécis face au dispositif inhabituel de la salle: «Quel côté préférez-vous? Côté garçons?...» On est dans le vif du sujet.

A coups d'incisions au scalpel, l'auteur passe de Fred à Phèdre, du Roi Lear à Hamlet et surtout à Oedipe. Il y a du texte, Racine sans la versification et beaucoup de dérision. On relève la performance de Philippe Vuilleumier dans le rôle de Matt Amour. Plusieurs acteurs sont présents dans les deux titres, dont Françoise Boillat d'un rayonnement constant, Matthieu Frochaux, Yannick Merlin, Raymond Pouchon, Jean-Marie Fauché.

Les deux pièces, indépendantes l'une de l'autre, mises en scène par Robert Sandoz dans la scénographie de Stéphane Gattoni, resteront à l'affiche, dans le même ordre, chaque semaine, jusqu'à épuisement du public! /DDC