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Le temps de l'académisme

Après cinquante ans d'existence, la République neuchâteloise a voulu marquer dans le marbre son émancipation et son attachement à la Confédération. A l'origine, ce devait être un hommage à Alexis-Marie Piaget On les voit quotidiennement, mais les regarde-t-on vraiment? Sait-on seulement à quel événement ils font référence? Poser les questions, c?est déjà y répondre: les monuments érigés en souvenir de l?avènement de la Ré- publique neuchâteloise, le 1er mars 1848, ne soulèvent plus qu?une indifférence polie. Pourtant, l?histoire de leur édification fait elle-même partie de l?histoire. A étudier les origines de la composition en marbre de Neuchâtel de l?imposante masse de bronze dominant la place de l?Hôtel-de-Ville de La Chaux-de-Fonds ou de la statue en pierre dressée au Locle, on en apprend autant sur la perception de cet événement que sur l?événement lui-même. Ces trois monuments, c?est le regard porté par Neuchâtel sur sa propre histoire. A trois dates distinctes, en 1898, 1910 et 1948. Trois monuments qui en disent aussi long sur le rapport entre art et pouvoir. Un pouvoir qui a vacillé au moins une fois en 158 ans. C?était en 1856, il y a 150 ans. Une affaire qui a secoué l?Europe entière...

01 mars 2006, 12:00
A l?origine

«Alexis-Marie Piaget n?appartient à aucun parti; il appartient à la patrie neuchâteloise et, à ce titre, il est digne de l?honneur réservé aux grands citoyens.» Lorsque, le 1er mars 1890, le «National suisse» lance un appel solennel pour que soit perpétué le souvenir du «père» de la République neuchâteloise, il se fait l?écho, affirme-t-il, d?un souhait populaire. L?idée d?un monument est en route; elle évoluera d?autant plus facilement que l?époque, en Suisse comme dans la France de la Troisième République, est à la «fièvre statuaire».

De Piaget à la République

Elle évolue, certes, mais passe par de nombreuses étapes. En 1892, le Conseil d?Etat est mandaté pour réfléchir au dit monument. En 1894, il s?adjoint une commission de... 45 membres. L?idée de célébrer les cinquante ans de la République s?impose. En 1895, la commission tranche: exit la statue de Piaget, ce sera une allégorie de la République «et son accession définitive dans le faisceau fédéral».

Echec au concours

Seuls les artistes suisses sont admis à participer au concours lancé pour un «projet de monument symbolisant l?avènement de la République neuchâteloise au premier mars 1848 et son union définitive avec la Suisse». Piaget garde une toute petite place, il doit figurer en médaillon. En 1896, bien qu?il ait reçu 18 maquettes, le jury pose un constat d?échec. Il renonce à décerner un prix. Il recommande quand même le projet de deux jeunes artistes de 28 ans, Adolf Meyer et August Heer, «qui pourrait avec de l?étude et un remaniement complet donner un résultat satisfaisant».

Helvetia protège

Ce qui ne change pas, entre le projet et l??uvre finale, c?est la mise en scène. Les trois personnages. Au premier plan, assis, un jeune homme presque nu. Il représente «le peuple neuchâtelois». Sur la maquette, il devait tenir un portrait en bas-relief d?Alexis-Marie Piaget. Sur le monument, le portrait a disparu, remplacé par une inscription de date (1er mars 1848), qu?on complétera plus tard par celle du 12 septembre 1814, date de l?entrée officielle de Neuchâtel en tant que canton dans la Confédération. Poursuivant son cheminement de bas en haut, l??il s?arrête sur le personnage féminin de gauche: la République neuchâteloise, couronnée de laurier, levant les yeux vers celle qui domine la composition, Helvetia, cuirassée (quel contraste avec le vêtement flottant de l?autre), portant l?étendard aux couleurs fédérales. Son regard est bienveillant, son geste, protecteur.

Contre la montre

La réalisation finale est une vraie course contre la montre. Le contrat avec les artistes est passé en mars 1897. Il stipule que les statues seront coulées en bronze. Début octobre, l?Etat consent à ce que le bronze soit remplacé par du marbre blanc. Mais ce n?est qu?au début de 1898 que le projet, après de nouvelles retouches et modifications, est envoyé à Carrare pour exécution. Ces multiples remaniements ont un coût. Initialement, le devis était fixé à 120.000 francs. Au final, le coût dépassera 155.000 francs. La Confédération alloue un subside de 45.000 francs. L?inauguration, le 11 juillet 1898, est le prétexte aux plus grandes louanges. Le «National suisse», qui était à l?origine du projet, est carrément lyrique dans son compte rendu: «Le voile tombe et un long cri s?élève de cette mer de têtes. Le monument apparaît là, sur un fond de verdure, grandiose dans sa simplicité, superbe de force et de clarté. (...) Dix mille poitrines jetant vers le ciel une clameur immense faite de joie intense, de patriotique ivresse et l?on n?aura qu?une idée bien faible de ce qu?a été cette grande démonstration de tout notre peuple. On sentait que la patrie était là, bien vivante.»

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