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Le public balance entre l'identification et le recul amusé

04 mai 2011, 08:03

CRITIQUE - PAR TIMOTHÉE LÉCHOT

Ce qui est amusant - et même admirable - dans «Le charme obscur d'un continent», c'est sa bizarrerie modérée, sa recherche de l'entre-deux. L'auteur Händl Klaus, qui vit en Suisse et travaille aussi ailleurs, oscille entre plusieurs formes d'expression artistique. Sa pièce elle-même hésite entre divers genres théâtraux. Ecrite en allemand il y a trois ans, elle vient d'être créée en français. C'était jeudi au Théâtre populaire à La Chaux-de-Fonds.

Une mère, une fille et un proprio s'efforcent vainement d'entrer en contact. Ils ne parviennent à aucun dialogue ni échange, quoique de vraies émotions percent leurs propos affables ou distants. En dépit de cette froideur, le décalage constant fait rire. Les trois comédiens restent à mi-chemin du réalisme et de la caricature. Tant qu'ils résistent à la tentation d'un humour plus outrancier, leur interprétation fait corps avec le texte. Dans sa sobre mise en scène, sans accessoires de jeu ni gestes fonctionnels, Denis Maillefer se montre attentif à la musique et au «charme obscur» des paroles.

Thèse, antithèse, photosynthèse. La structure solide en trois parties qui se répondent piège nos attentes: les renversements et les contradictions nous interdisent d'attribuer un sens définitif au texte. Les spectateurs du Théâtre populaire romand, d'abord surpris et réjouis, sont bientôt troublés, voire ennuyés par l'absence de crescendo et le faible renouvellement du contenu. L'exposé complet de la photosynthèse est loin de suppléer à la perte d'énergie globale.

Mais le public oscille - lui aussi - entre deux attitudes: l'identification agréable et le recul amusé de l'observateur qui comprend et déjoue les codes linguistiques et sociaux. Il y a un plaisir de l'entre-deux.


Le charme obscur d'un continent.
La Chaux-de-Fonds: Théâtre populaire romand,
ce soir encore à 18 h. Puis en tournée à Lausanne.

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