Votre publicité ici avec IMPACT_medias

«Le premier», un disque contrasté en trio pour dire l'électricité de l'âme

Le guitariste neuchâtelois Julien Revilloud sort «Le premier» un disque qui crie son amour de la musique. Un son ample à découvrir vite. On entend Bush et Sarkozy sur «Le premier» disque du guitariste des Montagnes neuchâteloises Julien Revilloud. Mais surtout, la culture et le goût pour la musique de ce pianiste classique devenu guitariste de rock, puis de jazz il y a une dizaine d'années. La Swiss Jazz School à Berne où il apprend à sonner «bop» avec Francis Coletta, puis un séjour parisien où il découvre l'urgence du son auprès de musiciens africains et maghrébins, «une école buissonnière, toute autre chose que cette scène franco française de la rue des Lombards». Avec Raphaël Pedroli à la batterie et Jean-Pierre Schaller à la basse, il déniche le trio idéal pour faire exister la musique: «J'avais partagé de belles émotions sur scène avec eux et à nous entendre jouer on sent que l'on vient de la même place, que nous avons été nourris par les mêmes disques.»

15 nov. 2007, 12:00

A l'arrivée, une galette qui comprend sept compositions personnelles écrites en deux semaines. Et «Caravan» d'Ellington, passage obligé, lettre d'amour, elle aussi cravachée, lue et relue jusqu'à la nausée. Cela donne un moment de sensualité, presque de bossa, tant la boîte percussive que Pedroli tient dans les mains oriente le tout vers du groove latino réinventé par les rockers, à l'image de Marc Ribot en visite chez les Cubanos Postizos. Même si globalement le monde de Julien Revilloud reste plus sage que les délires du New-Yorkais Ribot. Un thème comme «Double discours» synthétise toutes les envies, début pop assez mélancolique, «ambient», atmosphérique. Puis la voix du petit Nicolas et l'autre versant de la musique toutes cordes dehors, plus «hendrixien» tu meurs. Une fin tendre, accords mutins, retour au jazz avec un refrain à la Jim Hall. «La danse du scarabée» dit peut-être le plus nettement le plaisir d'écouter ces géants de la note bleue manche à la main, de Wes Montgomery à Sylvain Luc. Revilloud propose une sorte d'hommage constant à l'instrument, à son arsenal de pédales, d'effets, sans oublier le son. Ce mur électrique de chaleur humaine et de puissance hormonale qui se mue en évidence dès les premières notes de l'album. «A babouche» avec la voix cuivrée de Samuel Blaser dissèque la sensualité rythmique du mouvement.

Notre vidéo: entretien avec le guitariste Julien Revilloud
Le Premier: L'album - L'Express et L'Impartial
Le Premier: L'album - L'Express et L'Impartial

Dans ces moments suprêmes où il se tortille sur scène, où il recherche en lui l'invention dans la répétition, il pense à cette phrase de Costa-Gavras: «Toujours chercher à devenir un être humain accompli.»

Le codirecteur de l'école de musique Ton sur Ton ne prône pas le jeu pour le jeu: «Tu peux passer douze heures par jour sur l'instrument sans rien dire. Devenir la sixième copie conforme de John Scofield ne m'intéresse pas du tout.»

On en est loin, même quand le brouillard éthylique se pointe dans la cervelle pour donner naissance au morceau qui clôt l'album. Revilloud ne cesse de picorer chez Debussy, Krantz, Truffaz, Portishead, Satie, des structures aériennes qui défient les genres. / ACA

«Le premier», Julien Revilloud Trio, La Chaux-de-Fonds, ABC, ce soir à 20 heures. Saignelégier, Café du Soleil, samedi à 21 heures
Votre publicité ici avec IMPACT_medias