Votre publicité ici avec IMPACT_medias

Le mystère de l'enfance revivifié

Entre hier et aujourd'hui, Hou Hsiao-hsien jongle avec les ballons rouges. Tournant en Europe pour la première fois, le grand cinéaste taiwanais nous délivre une vision inédite et contemporaine de l'enfance, née de sa découverte d'un classique du cinéma jeune public. Entretien avec Maître Hou, quelques heures avant qu'il ne reçoive un Léopard d'honneur à Locarno cet été.

09 mai 2008, 12:00

«Le voyage du ballon rouge» apparaît comme une relecture actuelle et pour adultes du célèbre court métrage d'Albert Lamorisse, «Le ballon rouge». Qu'est-ce qui vous a incité à faire cette relecture?

Au départ, il y avait une commande du Musée d'Orsay. Je suis monté sur le toit du musée et j'ai découvert une vue de Paris qui m'a enchanté. Je suis rentré à Taiwan. Chez moi, j'ai découvert en DVD le film de Lamorisse avec son ballon rouge qui habite si bien le ciel de Paris. J'y ai vu un lien? En visionnant «Le ballon rouge», je me suis aussi aperçu qu'il s'agissait d'une vision cruelle de l'enfance, qui correspondait aux années 1950, encore très proche du monde des adultes. J'ai alors essayé d'imaginer le retour de ce ballon rouge à notre époque, de savoir comment un enfant d'aujourd'hui réagirait à son égard.

En ce sens, votre film pose sur l'enfance un regard perçant, tendre et poétique certes, mais aussi critique?

Mon ballon rouge reste à distance de Simon, le jeune protagoniste de mon film, car il se sait devenu très banal. Pour se faire remarquer de Simon, il doit cultiver le mystère. Les enfants d'aujourd'hui sont surchargés de loisirs attractifs et obtiennent très facilement tout ce qu'ils veulent. Au début du film, Simon croit pouvoir apprivoiser mon ballon rouge en lui offrant des bonbons!

Vous pensez que les enfants d'aujourd'hui sont vraiment rois, que le monde s'accorde trop facilement à leurs désirs?

J'ai tourné plusieurs fois avec des enfants? Je connais leur situation qui est très complexe. On a l'impression qu'ils sont très libres, mais ce n'est pas vrai. Ils subissent encore plus qu'avant la pression de la société. Il leur faut apprendre ceci cela, jouer en même temps au foot et du piano. Leurs parents ne savent pas pourquoi il faut que leurs enfants apprennent tout ça? Suzanne, la mère de Simon, l'avoue d'ailleurs à demi-mot!

Justement, dans votre film, Juliette Binoche compose une mère esseulée d'une actualité très troublante...

C'est une actrice extraordinaire. Nous avons travaillé par improvisation, sans préparation. Mais elle a été tout de suite Suzanne. C'est elle qui a décidé de se teindre en blonde après avoir lu le scénario, sans m'en avertir. Elle a su parfaitement trouver ce mélange d'inquiétude et d'obstination têtue qui caractérise les femmes d'aujourd'hui.

Entre 1956 et aujourd'hui, pensez-vous que la magie du cinéma s'est banalisée?

En 1956, Lamorisse créait la magie avec quelques fils transparents, ce qui encore maintenant dégage une vraie magie. Aujourd'hui, il suffit d'un ordinateur pour faire voler le ballon rouge? / VAD

«Le voyage du ballon rouge», 1h53; «Crin Blanc /Le ballon rouge», 1h16; Neuchâtel, Apollo 1; La Chaux-de-Fonds, Scala 2
Votre publicité ici avec IMPACT_medias