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«La parole d'un adulte contre celle d'un enfant»

29 sept. 2007, 12:00

Rendre un jugement dans une affaire de m?urs peut s'avérer un vrai casse-tête. Absence d'aveux, manque de preuves directes: le cas de Léon*, qui comparaissait hier devant le Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds, a donné du fil à retordre à la cour.

«Nous avons deux versions contradictoires, c'est notre intime conviction qui doit prévaloir», justifiait le président Jean Oesch, en condamnant Léon à 15 mois de prison, assortis d'un sursis de trois ans, pour actes d'ordre sexuel avec des enfants et contrainte. Il convenait toutefois qu'il n'y avait aucun moyen d'être certain de la vérité de la version adoptée. Une seconde prévention - lésions corporelles et voies de fait, Léon a une vie de couple mouvementée - a pesé dans la balance. «La présente affaire est délicate car c'est la parole d'un adulte contre celle d'un enfant», a souligné le substitut du procureur Yanis Callandret.

Léon n'a jamais cessé de clamer son innocence, il n'a rien d'un pédophile, assure-t-il. Pourtant le témoignage de Pierre*, 9 ans au moment des faits, l'accable. L'histoire remonte à l'été 2003. Léon est musicien, il se produit régulièrement dans un bistrot chaux-de-fonnier, où il se lie d'amitié avec une serveuse et son fils, le jeune Pierre. «Le gosse le vénérait», témoigne le patron du bistrot. Le musicien emmène un jour le gamin à la piscine et, selon celui-ci, se livre à des attouchements dans les douches, après avoir verrouillé la cabine. Dans la version de Léon, Pierre se serait tripoté lui-même, ce qui l'aurait choqué.

Toujours est-il qu'à la suite de cet épisode, Pierre commence à sombrer. «Il est devenu violent, on ne pouvait plus en faire façon. A l'école, c'est devenu catastrophique», raconte sa mère. La dérive s'accentue au point qu'on le place un temps à Sombaille Jeunesse, puis aux Billodes, où il confie enfin à un psychologue le secret qu'il aura porté trois ans. Dès ce moment-là, l'enfant refait surface.

L'avocat de la défense avance une autre explication au malaise de Pierre: l'absence de son père, qui ne l'a pas reconnu et n'a pas voulu de lui ensuite, un emménagement à La Chaux-de-Fonds retardé par une maladie de sa mère: peut-être le gosse a-t-il voulu attirer l'attention, appeler au secours... Le tribunal ne retiendra pas cette version.

Le prévenu traîne en effet une casserole: en 2004, il aurait exhibé son sexe devant un enfant en Valais. Le procès s'est terminé par un acquittement, mais il y a de quoi faire douter le tribunal. D'autant que Léon se pose volontiers en victime, artiste en marge de la société, qu'il vit aux crochets des services sociaux et entretient une vie de couple assez violente. Il assure pourtant que sa situation va s'améliorer, qu'il enregistre actuellement un album à Paris avec l'un des plus célèbres paroliers du moment.

La personnalité de Léon joue contre lui, on lui reproche d'esquiver ses responsabilités, de minimiser les faits. Le président souligne l'importance de l'agression et le manque d'empathie du prévenu. «La sanction doit lui faire prendre conscience de son comportement déviant.» / sab

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