La délicieuse revanche des jouets abandonnés

Quinze ans après avoir inauguré le dessin animé de long métrage en image de synthèse avec «Toy Story», les studios Pixar ressuscitent pour la troisième fois leurs jouets fétiches. Andy s'apprête à quitter le foyer familial pour aller étudier à l'université, abandonnant Woody, Buzz et leurs pairs à un sort très incertain. A la fois profond, poignant et souvent très drôle. Du grand art!
02 août 2015, 19:24

Geste inaugural magistral, le premier volet de «Toy Story» (1995) donnait déjà le ton de la révolution ourdie par Pixar: le tout numérique certes, mais toujours placé au service de l'émotion et de l'intelligence. Quinze ans et onze longs métrages plus tard, cette démarche quasi ontologique a eu le don de déniaiser un cinéma d'animation abêti par le recyclage aveugle des trouvailles géniales de l'oncle Disney! De «Monstres et Cie» à «Là-haut» en passant par «Le monde de Nemo» et «Les indestructibles» (pour citer nos préférés), John Lasseter et son équipe ont imprimé au genre une dimension réflexive propre au cinéma d'auteur, tout en respectant le contrat implicite passé avec le grand public sur le plan spectaculaire.

Après une séquence d'ouverture sidérante où les jouets démontrent sous la houlette de Woody que leur aptitude à se projeter dans l'imaginaire n'a été en rien entamée par les années, qu'elle semble vouée à l'éternité, les voilà en grand émoi! Que vont-ils devenir après le départ de leur propriétaire vieilli et enrégimenté à l'université? Après avoir constaté sur internet que les joujoux d'occasion ne valaient pas tripette, ils se croient sauvés en étant «légués» à une garderie. Las, cette nouvelle affectation ne sera de loin pas le paradis annoncé. En butte à un vieux nounours traumatisé qui fait la loi, Buzz et ses amis vont être voués au seul amusement des plus petits chéris de la garderie, lesquels expérimentent de façon assez sauvage le stade de la préhension. La situation devenant rapidement insupportable, nos héros molestés se doivent de préparer un plan d'évasion…

Fidèle au modèle Pixar, «Toy Story 3» ne fait pas injure à l'intelligence du public (enfants et adultes confondus) en posant de vraies questions existentielles qui sondent des notions primordiales comme le temps, l'être, le changement. S'il décroche la timbale, c'est parce qu'il le fait sur un ton décalé, n'hésitant pas à parodier le film de prison ou d'évasion, à pratiquer l'insolence, jusqu'à démasquer la nature purement fantasmatique des poupées Barbie (pauvre Ken!). Le onzième long métrage produit par Pixar est aussi le premier à avoir été réalisé et pensé selon le procédé stéréoscopique. Comme on pouvait s'y attendre, la mise en relief ne se réduit jamais à la simple surenchère spectaculaire, mais crée plutôt une sensation de proximité troublante, quasi affective. A découvrir ce soir en ouverture 3D de l'Open air de Neuchâtel et en salles. /VAD

Réalisateur: Lee Unkirch
Genre: animation
Durée: 1h49
Age: our tous, suggéré 7
Cinéma: Neuchâtel, Arcades et Open air; La Chaux-de-Fonds, Plaza