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L'humour, une soupape salvatrice!

26 mars 2010, 11:37

Des magasins pas ou peu achalandés, des populations rurales illettrées, une presse censurée... Un âge d'or! Aux yeux, du moins, de la propagande officielle du régime communiste roumain, qui désigna ainsi les quinze dernières années de la dictature de Ceausescu.

Mais sous la chape de plomb, l'humour, volontaire celui-ci, a continué de courir, via les histoires, vraies pour la plupart mais inévitablement déformées par la transmission du bouche à oreille, que les gens se racontaient dans les longues files d'attente. Avec la complicité de quatre autres cinéastes - Ioana Uricaru, Hanno Höffer, Razvan Marculescu, Constantin Popescu -, Cristian Mungiu s'est emparé de ces «légendes urbaines» pour en faire un excellent film à sketchs, six «Contes de l'âge d'or» d'une réjouissante homogénéité.

Mungiu avoue une certaine part de nostalgie dans ce projet qui ressuscite l'époque de sa jeunesse et de celle de ses pairs. Ici plus affective que politique, cette «ostalgie» propre aux pays de l'ex-bloc communiste n'érode guère les angles ironiques du propos. On assiste, par exemple, aux préparatifs d'un petit village à la veille d'une visite officielle. Un enfant chargé de faire son compliment se voit recalé parce qu'il a les oreilles décollées; évacuées, aussi, les vaches, elles déparent le paysage... Particulièrement savoureuse, la légende de la photographie en Une pousse l'art de la retouche dans l'une des ornières absurdes où s'enlise le système. Sur les clichés de la visite officielle de Giscard d'Estaing en Roumanie, le président français est coiffé de son chapeau, tandis que Ceausescu a retiré le sien. La classe ouvrière pourrait l'interpréter comme un signe de déférence envers le capitalisme... Inadmissible! Va-t-on escamoter le chapeau de Giscard? Ou couvrir le chef du Conducator?

Ainsi passées au crible de la dérision, les directives et les sottises contaminatrices du parti font rire et sourire. Empreinte de frustration affective, la légende du livreur de poules s'achemine vers un dénouement plus amer, celle du policier avide culmine dans l'humour noir. Dans la réalité, certaines histoires se sont terminées plus tragiquement. Mungiu, et on ne lui en voudra pas, a choisi d'inscrire ces «Contes» dans la veine de la comédie italienne des années 1970 plutôt que dans l'âpre sillage de son «4 mois, 3 semaines et 2 jours», Palme d'or à Cannes en 2007. A voir, sans hésitation!

A l'affiche du Festival du Sud; Neuchâtel, Rex, dimanche à 15h, lundi à 20h30; La Chaux-de-Fonds, ABC, demain et lundi à 20h45

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