L'adresse virtuelle d'une vie vouée aux éclats de «rivages tourmentés»

Soixante ans de création du peintre ajoulot Jean-François Comment se retrouvent sur un site internet richement doté. Une fondation devrait aussi voir le jour à Porrentruy avec le soutien des autorités. Hommage à une ?uvre magistrale. P lus de 500 toiles de Jean-Francois Comment se retrouvent désormais à portée de souris. Mais hier matin, dans l'atelier de la rue de la Molière, à Porrentruy, l'émotion s'est fait ressentir quand Jeanne Comment saisit «Une rose», petite toile figurative des débuts, et dit: «Je la lui ai achetée avant qu'il devienne mon mari, j'avais 19 ans.» Soixante ans d'intimité rigoureuse avec la matière sublimée par un geste d'amour simple. Le musée virtuel très complet conçu par Bernard Comment, écrivain, fils de l'artiste, et Sépànd Danesh étudiant aux Beaux-Arts de Paris, permet d'approcher au plus près la touche du pinceau. Paysages ajoulots sublimés par des femmes voluptueuses ou éclats bleus jetés sur la toile avec puissance délivrent quelques-uns de leurs secrets.

26 mars 2008, 12:00

Secret aussi, le lieu où la future fondation dédiée à l'un des fondateurs de Kreis 48 pourrait présenter en permanence 70 toiles. Pas vraiment secret, des traces existent. Celles que cet étaleur d'huile voulait conserver de chacune de ses périodes: «Un artiste comme De Kooning, qui ne gardait aucune mémoire de son ?uvre le terrifiait.» Des traces qui à la façon d'une enquête policière où le crime serait de ne trouver aucun indice se disséminent dans la ville à l'emblème de sanglier. Au départ, la fondation Jean-François Comment s'intéressait aux anciens entrepôts d'une coopérative, mais la contamination du sol les en a dissuadés. Puis un projet qui n'a pas abouti, existait à la maison Turberg avec l'artiste Rémy Zaugg: «Quand mon père exposait au Centre culturel suisse à Paris, nous avions rencontré Rémy qui était le curateur de cette magnifique rétrospective Giacometti au musée d'art moderne. Leur complicité me touchait, mon père l'avait aidé au début. En bon Jurassien nous avions fini par boire des verres», raconte Bernard Comment. En fin de semaine dernière, en compagnie de quelques représentants des autorités, l'écrivain visitait les combles de l'Hôtel-Dieu: «Malgré une volumétrie compliquée à cause de plafonds bas, le projet semble être intéressant et viable.» Gérard Guenat, maire de Porrentruy, a d'ailleurs assuré hier matin que Jean-François Comment qu'il a affectueusement baptisé «l'homme à la casquette bleue», mérite que l'on trouve une traduction concrète et tangible de son travail en terre bruntrutaine.

Un circuit touristique autour des vitraux, fresques et mosaïques de l'artiste devrait voir le jour en Ajoie. Dans son livre «Entre deux», Bernard Comment dit bien l'errance qui conduit jusqu'à l'éblouissement inattendu: «Quand nous montons à l'hôpital, avec ses odeurs de peur et d'ennui, nous allons voir les vitraux que mon père a réalisés dans la moderne et élégante chapelle, ce sont à mes yeux les plus beaux qu'il a créés, et la dalle de verre leur confère cette épaisseur presque liquide de la lumière, comme des sirops figés d'arômes inconnus.» Le site internet permet de voir l'artiste en dialogue avec le maître verrier, ou plus émouvant encore, en train d'appliquer la matière comme on jette, comme on se débarrasse, tout en permettant à une poésie jubilatoire et acharnée de naître. L'esthétique de l'abîme en couleurs de sainteté. /ACA

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