Ils payaient leur drogue avec de faux billets

12 déc. 2008, 06:01

«En quinze minutes, j'ai perdu quinze ans de formation.» Sur le banc des accusés, Averell*, 23 ans, n'en mène pas large. En avril 2007, il a aidé Joe* à fabriquer pour 12 000 fr. de faux billets, en photocopiant 40 coupures de 100 fr. et 40 autres de 200 francs.

A ses côtés, outre Joe, comparaissent deux autres jeunes hommes, William*, 26 ans, et Jack*, 23 ans. Les quatre se retrouvaient hier devant le Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds pour avoir joué un rôle dans cette affaire.

Joe, le plus jeune, est l'instigateur. C'est lui qui, à force d'insister, a convaincu Averell de commettre un acte qu'il savait pourtant sévèrement condamné par le droit helvétique; qui plus est, en utilisant le matériel de l'entreprise familiale. Le rôle d'Averell s'est arrêté là.

Joe a utilisé les faux billets pour acheter de la cocaïne et incité d'autres à faire de même pour son compte. Jack a écoulé une petite partie des faux billets dans son village. William a tenté, comme le voulait Joe, d'acheter de la cocaïne à Bienne. Echec: les dealers ont immédiatement repéré la fausse monnaie.

Joe n'avait pas que cette histoire de fausse monnaie sur la conscience. L'acte d'accusation lui reprochait un gros trafic de cocaïne, dont une faible partie seulement pour sa consommation et l'acquisition, principalement pour la consommer, de 620 g de marijuana. Il était aussi prévenu d'escroquerie pour avoir vendu des appareils de télévision loués.

Le Ministère public, représenté par Nicolas Aubert, estimait que, pour trois des prévenus - Joe, William et Jack - on ne pouvait pas parler d'«erreur de jeunesse». Ainsi, Joe avait déjà comparu en audience préliminaire lorsqu'il a récidivé. «Nous avons affaire à un homme qui a voulu mener grand train.» De fait, Joe ne se privait pas: soirées arrosées, tournées pour les copains, virées dans le sud de la France, casinos.

Les défenseurs se sont efforcés de montrer que les prévenus avaient agi comme des «Pieds nickelés» et pas comme des faux-monnayeurs professionnels. Les faux n'ont d'ailleurs pas tous été écoulés.

L'avocat de Joe a admis que le comportement de son client méritait sanction. Mais il a appelé le tribunal à considérer sa situation actuelle: en couple et père d'un jeune enfant, Joe a un emploi. Le mettre en prison ne servirait à rien.

Le tribunal a entendu l'appel. Averell a été condamné à 12 mois avec sursis pendant deux ans. William se voit infliger 600 heures de travail d'intérêt général et un précédent sursis est révoqué. Jack écope de 120 jours-amende à 30 francs. Joe échappe à l'arrestation immédiate. Il est condamné à deux ans et demi de peine privative de liberté, dont sept mois - moins 83 jours de préventive - ferme. La peine est ainsi compatible avec la semi-détention. Tous supportent leur part des frais de la cause. /lby

*prénoms fictifs