Fenêtre ouverte vers les planètes extrasolaires avec Michel Mayor

L'astrophysicien genevois Michel Mayor sera demain soir à La Chaux-de-Fonds l'hôte du Club 44. Codécouvreur en 1995 de la première planète observée autour d'un autre soleil, Michel Mayor reviendra dans cette perspective sur cette question: «Sommes-nous seuls?»

27 oct. 2010, 10:59

Depuis l'Antiquité, les hommes ont imaginé d'autres mondes parmi les étoiles, d'autres créatures, d'autres humanités. Que de spéculations philosophiques, théologiques ou plus ou moins scientifiques! Et littéraires aussi, puis cinématographiques… De combien de mondes étranges la science-fiction a-t-elle peuplé l'Univers? Suffisamment pour que l'opinion commune finisse par considérer quasi à l'égal d'un fait l'idée de planètes gravitant autour d'étoiles lointaines, jusqu'à oublier que celles-ci n'étaient qu'une hypothèse en attente de preuves et de technologies adéquates.

Les savants, eux, s'étaient partagés dans les années 1940 entre chantres résolus des planètes innombrables, et ceux pour qui «notre système solaire restait un phénomène exceptionnel, voire un accident», dans les termes de Taft Armandroff, directeur de l'Observatoire Keck, au sommet du Mauna Kea, Hawaï. Où dès 1986, des audacieux s'étaient mis en quête justement de «planètes extrasolaires» ou «exoplanètes».

C'est toutefois à l'Observatoire de Haute-Provence que, finalement, s'est concoctée la première détection d'une exoplanète. Michel Mayor, professeur à l'Université de Genève, et son étudiant «thésard» Didier Queloz y avaient lancé en septembre 1994 leur «traque» à eux, visant d'une part de petites étoiles, les «naines brunes», qui orbitent autour d'autres étoiles, les faisant osciller, et d'autre part d'éventuelles planètes géantes.

En février 1995, les deux chercheurs remarquent des oscillations de l'étoile 51 Pegasi. L'objet qui agite l'étoile semble petit. Une planète? Allaient s'enchaîner les doutes - erreurs de mesure? - puis une attente impatiente jusqu'en juillet, le temps que 51 Pegasi redevienne observable. Ensuite confirmation, pesée d'hypothèses alternatives et finalement soumission, inquiète, d'une communication à l'éminente revue Nature.

En octobre 1995, lors d'un colloque à Florence, c'est la grande annonce. 51 Peg b déclenche une fièvre médiatique, un déluge de courrier. Dont un e-mail touchant adressé par un Américain de six ans qui veut savoir si le professeur Mayor a déjà visité 51 Peg b!

Au même âge, à l'aube des années 1950, Michel Mayor avait découvert le ciel - vaudois - avec la raison d'un naturaliste en herbe, apprenant les constellations puis pratiquant en jeune amateur un peu d'astronomie. Plus tard, il s'orienterait vers la physique, comme il aurait pu s'engager vers la géologie, la vulcanologie, l'océanographie…

Sa passion pour l'espace et l'astronomie, Michel Mayor ne l'a donc pas puisée dans la science-fiction, il n'en consomme que très modérément, et n'a ainsi visité qu'un épisode de «Star Wars» - avec plaisir!

De fait, l'étude des exoplanètes, en plein essor, n'a de commun avec les épopées de cinéma que l'effervescence qui a saisi ses acteurs, chercheurs en nombre croissant, servis par des techniques toujours plus sophistiquées. Près de 500 exoplanètes ont déjà été découvertes, dont la moitié par des chercheurs de l'UniGE. Des planètes gazeuses surtout, mais l'inventaire commence à s'enrichir de planètes rocheuses, «telluriques» - Michel Mayor a été ainsi associé à la détection de telluriques autour de Gliese 581, en 2007 et 2009.

Quel meilleur guide que cette figure centrale, d'ores et déjà historique, de la découverte des exoplanètes, pour partir demain au Club 44 à la rencontre de ces mondes nouveaux, s'instruire des progrès techniques imminents et des projets qui nous permettront de les connaître avec davantage de détails. Et se redemander, forts de nouveaux éléments, «sommes-nous seuls?» /JLR

La Chaux-de-Fonds, demain à 20h15, Club 44, tel. 032 913 45 44, www.club-44.ch